Je raconte ma vie Je râle

Réac?

16 septembre 2018

Il y’a des sujets que je n’aborde pas sur ce blog, la politique en fait partie. Dernièrement, j’ai cependant atteint une forme de saturation matinée d’ahurissement face à certains débats qui fleurissent sur les réseaux sociaux. Oui, je sais: on est en 2018, et je crois encore qu’il est possible de débattre sur internet. La meuf qui n’a rien compris à la vie.

Je crois que vous avez tous entendu parler de cette affaire: le président du syndicat national des gynécologues qui intervient à la télé et qualifie l’IVG « d’homicide », en expliquant sans ciller qu’il ne pratique pas d’IVG. Et tout Facebook et Twitter de réclamer la fin de la clause de conscience.

Ce n’est pas un secret, j’ai fait deux interruptions médicales de grossesse (ce qui, pour beaucoup d’anti, est mille fois pire qu’une IVG), ces débats m’intéressent et m’interpellent donc forcément. Ces IMG, j’ai pu les faire parce que d’autres femmes se sont battues pour moi, je ne vais pas vous refaire un cours d’histoire, on en connait toutes les grandes lignes.

Et pourtant, en intervenant pour expliquer pourquoi je pense que supprimer cette clause de conscience serait à mon avis une erreur, pourquoi j’estime qu’on ne peut pas forcer quelqu’un à pratiquer ce qu’il ou elle considère comme un meurtre (même si je réfute cette vision de l’IVG et de l’IMG), je me suis retrouvée à passer pour la réac des familles, celle à qui d’autres viennent expliquer, grosso modo, en quoi l’avortement reste aujourd’hui un droit à défendre.

C’est tout le problème des réseaux sociaux, en fin de compte: il n’y a plus aucune place pour aucune forme de nuance, quelle qu’elle soit. Tu es pro, ou anti. Tu as raison, ou tu as tort. Si tu ne partages pas exactement le même point de vue que le copain ou la copine, on vient te refaire un cours d’histoire du féminisme. Quand un homme fait ça à une femme, on appelle ça du mansplaining, je me demande quel nom cela porterait sur les réseaux sociaux, le fait d’être persuadé de mieux connaitre son sujet qu’un autre juste parce qu’on est bêtement pas d’accord.

Paradoxalement, parmi tous ces intervenants, j’étais sans doute celle qui comprend techniquement et humainement le mieux les enjeux de l’IVG. Et, à les lire, j’étais pourtant la mauvaise élève, celle qui fallait donc convaincre à tout prix. La réac de service.

Comment en est-on arrivés la?

Parce qu’il est impossible de développer son point de vue en 140 caractères, il n’ya plus aucune nuance: il faut aller doit à l’essentiel,  le discours se radicalise (mon correcteur automatique a corrigé par « se ridiculise », j’ai failli laisser tellement je trouve ce lapsus numérique d’une justesse folle); parce que les algorithmes pernicieux des réseaux sociaux poussent des contenus qui collent en déjà tous point à ses propres convictions, j’imagine qu’il est extrêmement facile de se laisser convaincre qu’in fine, il n’ya que son point de vue qui compte face aux autres. Les autres, ceux qui deviennent des ennemis qu’il faut soumettre à tout prix.

Je trouve tout ceci d’une tristesse sans nom, si vous saviez.

 

Et donc je vais me permettre de développer mon point de vue, puisque je ne peux pas le faire sur Facebook sans me faire attaquer de toutes parts.

Donc oui, j’ai fait deux IMG et je suis pour la clause de conscience. Je vais même aller plus loin: je suis pour la clause de conscience parce que mes deux IMG m’ont aidée à prendre conscience de la diversité des points de vue des personnes qui m’entourent, y compris du personnel médical.

Parce que mes médecins ne sont pas des machines, ni des soldats, mais de vraies personnes qui (Dieu merci) ont aussi droit à leur part d’humanité dans la mécanique parfois désincarnée du protocole de soins.

Parce que j’ai inscrit mes deux filles dans le livret d’état civil, c’est donc que je les considère non pas comme d’un problème dont il fallait se débarrasser (argument que les anti avortement reprennent d’ailleurs à leur compte – s’ils savaient comme ils se trompent!), mais comme deux bébés qui méritent toute leur place dans la fratrie. Et parce que je considère mes filles de cette manière, je conçois pertinemment que d’autres, médecins compris, ne comprennent pas ma décision d’avoir interrompu mes grossesses. Cela ne remet pas en cause les deux IMG que nous avons faites, cela ne signifie en aucun cas que je regrette, cela n’impacte en rien mes convictions personnelles en ce qui concerne le droit à l’avortement: cela signifie simplement que j’ai ouvert ma perspective à ce que d’autres pouvaient penser ou ressentir.

Je crois que je vous en avais déjà parlé ici, mais lors de ma première IMG, certaines sage-femmes n’osaient pas me regarder dans les yeux, elles qui avaient choisi justement ce métier pour accompagner les naissances, et qui se retrouvaient désarmées face à la mort. Sur le moment, cela m’avait mise en colère: comment osaient-elles nous juger? Et puis, le deuil faisant son oeuvre et la colère passant, j’ai essayé de comprendre. Il se trouve que j’ai eu la chance d’accoucher dans un hôpital où le personnel médical avait le luxe de se porter volontaire pour assister les IMG: qui aurais-je été pour condamner celles et ceux qui auraient refusé? Je me serais sentie sale, monstrueuse. C’est en comprenant ces femmes que je leur ai pardonné.

J’ai accouché dans une clinique privée catholique pour Kate; oui, j’ai expliqué, avec pudeur et délicatesse, ce qui nous était arrivé au moment de l’inscription, parce qu’il fallait dérouler nos antécédents et qu’une maladie génétique doit être annoncée.  La soeur qui m’a reçue a fait part d’une immense bienveillance à mon égard, d’une écoute attentive. Notez qu’elle a sans doute ensuite prié pour la pauvre pécheresse que je suis, mais qu’importe: j’ai apprécié cet accueil, cette forme d’ouverture entre deux mondes résolument opposés, et j’y repense encore souvent aujourd’hui. C’est cette ouverture bienveillante qui fait aujourd’hui cruellement défaut sur les réseaux sociaux. C’est pourtant ce qui fait toute la richesse et la complexité des rapports humains.

J’essaie de rester à l’écoute des arguments des autres. J’ai déjà été visiter les sites des « anti », pour comprendre, pour sortir de ma zone de confort. Ces sites m’ont le plus souvent agacée ou mise en colère (notamment quand ils mentent ouvertement pour décourager d’éventuelles prétendantes à l’avortement – ce sont les champions de la désinformation, et quand on a soi même connu une IVG ou une IMG, les lire est d’une pénibilité sans nom).

Pourtant j’aime le débat, et l’humilité qu’il force à prendre. Je n’aime rien tant que ces instants où deux mondes, parfois brutalement opposés, parviennent à s’entendre pour discuter. Sans tomber dans des arguments ad hominem bas du plafond, sans insulter, sans juger, ni condamner. J’aurais aimé, dans ce débat, que l’on soit parvenus à se quitter, en se disant simplement « Ok, je ne suis pas d’accord avec toi, mais ce n’est pas grave ». Sans piques, ni agressivité. C’est donc devenu si difficile que ça?

A en croire les réseaux sociaux, je serais pourtant une vieille réac.

Réac, moi? Je pense que je préfère en rire.

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22 Comments

  • Reply Irène 16 septembre 2018 at 23 h 50 min

    Le problème de cette clause de conscience, pour les féministes qui la dénoncent (comme moi), c’est qu’elle a des conséquences graves. Symboliquement c’est déjà pour moi un problème qu’un droit inscrit dans la loi ne soit pas une obligation pour les soignants : l’IVG ça fait longtemps qu’on l’a maintenant, on sait à quoi s’attendre en devenant gynéco… Mais sur le principe, pour apaiser les uns et les autres, on pourrait se dire : pourquoi pas.
    Sauf que. Sauf que, on ne vit pas dans un pays avec des gynécologues à tous les coins de rue, que fait-on si les deux gynécologues autour de chez nous refusent ? Combien de kilomètres on doit faire ? Il est déjà super difficile d’avoir des RDV auprès de gynéco quand on est pas leur patiente, si notre gynéco de référence refuse de nous aider dans ces cas là, c’est rapidement un parcours de la combattante…

    Je regrette malgré tout que tu aies pu recevoir des commentaires agressifs, sur ce type de sujet délicat, quand une personne donne comme toi son avis sans être anti IVG, je ne vois pas l’intérêt de refuser la discussion.

    Si ça t’intéresse, cette discussion est approfondie par Martin Winckler, qui a eu successivement les deux positions :

    – Cet article résume ses premières positions et précise que l’accès des femmes à l’IVG rencontre bien d’autres obstacles: https://ecoledessoignants.blogspot.com/2018/08/sil-est-difficile-dacceder-livg-en.html

    – Ici, l’article initial de Martin Winckler et ses mises à jour récentes après son changement d’avis : https://ecoledessoignants.blogspot.com/2018/08/sil-est-difficile-dacceder-livg-en.html

    Belle journée à toi

    • Reply Urbanie 17 septembre 2018 at 7 h 34 min

      Bonjour Irène, merci pour ton commentaire. 🙂
      Tu soulèves un point important, c’est la désertification médicale (ça se dit? 😀 ), le fait que dans certaines régions trouver un médecin soit une difficulté en soi. L’autre difficulté, c’est la disparition progressive de la spécialité de gynécologues. Mais du coup, j’ai tendance à envisager comme un problème à part entière, plus que la clause de conscience en fait.
      Il y’a aussi l’argument que l’IVG fait partie du métier des gynécologues qui me gène un peu, mais j’imagine que c’est une question de perception. J’ai toujours vu les gynécologues comme des personnes qui peuvent être amenés à faire des IVG, mais qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une obligation. En tous les cas, je comprends qu’un médecin puisse choisir cette spécialité même s’il est contre l’IVG.
      Merci pour ta pondération en tous les cas, et merci aussi pour les liens, je vais les regarder! 🙂

      • Reply Irène 19 septembre 2018 at 9 h 44 min

        Oui on dit bien comme ça je crois, désertification médicale ! C’est ce que le premier article souligne, que c’est un problème urgent à part entière. Je pense que ce qui explique qu’autant de gynécologues et médecins prennent maintenant position contre la clause de conscience, c’est qu’ils pensaient au départ que ce serait des choix personnels isolés, et qu’en fait cette clause de conscience devient une arme de lutte pour les anti IVG, et là ça se corse. On voit les limites de ça en plus : imaginons que la moitié des gynéco ne veuille pas faire d’IVG, quel sens ça aurait de donner un droit qui ne peut pas s’appliquer dans la moitié des cas ? Si on donne des droits sans pouvoir les faire respecter, c’est un droit virtuel… La clause de conscience a été un outil de négociation pour apaiser les anti IVG en gros, mais ce n’est pas universalisable, donc ça doit forcément nous questionner de ce point de vue là (c’est ce qui explique je pense le revirement de Martin Winckler). Quand c’est carrément le représentant des gynéco qui s’exprime là dessus, c’est symboliquement encore plus un problème.

        Ensuite y’a des explications historiques dans le développement de la profession de gynécologues, qui est très liée au suivi de grossesse et à l’accouchement, et qui ensuite s’est élargie pour traiter les maux, gênes, pathologies etc (ça pourrait expliquer qu’il y ait moins d’andrologues et que ce soit moins un réflexe pour les hommes d’aller le voir alors qu’ils ont des trucs à surveiller aussi). Du coup des médecins catholiques par exemple peuvent se sentir attirés par cette profession qui permet d’accompagner le fondement des familles etc, et trouvent que l’IVG est incompatible avec ça… Sauf que le gynécologue d’aujourd’hui n’a plus les même missions qu’il y a 50 ans

        Sinon récemment j’ai aussi lu cet article qui est pas mal fichu je trouve : https://lacoquetteethique.com/lifestyle/feminisme/medecin-refuse-soin-ivg/

        Bonne journée à toi 🙂

    • Reply Valicka 17 septembre 2018 at 20 h 49 min

      C’est vrai que la rareté des médecins est problématique dans le cas de la clause de conscience. Dans ma petite ville de campagne, tous les médecins de la maternité refusaient de pratiquer l’IVG… ça compliquait pas mal les choses. (mais les SF ont trouvé une ruse pour contourner le problème en ménageant le droit des femmes, la loi et la conscience des médecins !).
      Sinon, je n’ai pas tellement d’avis sur la clause… Je suis partagée, car comme Urbanie je me dis que ce n’est pas un acte anodin pour un médecin et que je me vois mal les forcer à le faire et puis, d’un autre côté, je trouve ça dangereux, car à nouveau quelqu’un décide pour nous ce qu’on peut faire de notre corps. Du coup, je me suis bien gardée de prendre part aux débats (souvent houleux, effectivement).
      Plus que la clause, c’est la qualification d’homicide qui m’a dérangée personnellement …

      • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 25 min

        Je te rejoins sur la qualification d’homicide, qui est une accusation grave, et j’estime aussi qu’il aurait mieux fait de se taire (après, je reste pragmatique: au moins, maintenant, tout le monde sait ce que ce monsieur pense, et c’est plus facile de combattre son ennemi quand on sait où il se cache. 🙂 ). Mais le débat s’est presque intégralement reporté sur la clause de conscience, et c’est surtout ça qui m’a dérangée. Parce que si tu l’interdis pour l’IVG, de facto tu l’interdis pour l’IMG. Et je comprends déjà qu’on ne soit pas à l’aise avec le fait de pratiquer des IVG, mais on ne va pas se voiler la face, une IMG ça peut être carrément traumatisant.

  • Reply Virg 17 septembre 2018 at 10 h 51 min

    Bonjour Urbanie,
    je me retrouve tout à fait dans ton point de vue, j’aime le débat pour échanger et je suis généralement prête à me laisser convaincre. Surtout, je déteste les idées toute faites et répétées bêtement. Par exemple, « non à la peine de mort » j’ai tout de suite envie de répondre « moui et si c’est ton gosse/ton mari/etc. qui est violé/assassiné? » Autre exemple avec une récente chronique sur DMT où la chroniqueuse expliquait qu’elle avait dû apprendre à sa fille à se défendre face à la violence des autres. On sait tous, elle d’abord, que ce n’est pas une bonne solution, pourtant, elle en est arrivée là parce qu’elle s’est trouvée démunie, ce que son article montre très bien. Mais, non ! une bonne âme est passé par là pour laisser un commentaire et dire seulement « Oh là là c’est pas bien du tout ce que tu fais, bouuuuu ». Comme tu le dis, c’est le problème de l’écrit… et, pardon de le dire, des esprits étriqués. Ce genre de réaction omet complètement l’aspect humain de tous ces vrais débats, qui mériteraient d’être beaucoup plus approfondis.
    La conséquence de tout ça est que je n’entre plus dans le débat si je n’ai pas la personne en face de moi ou au téléphone, donc en réel. Je ne fais que donner mon opinion.
    Quant au métier de gygy, j’adhère totalement au point de vue plus tolérant vis-à-vis de la clause de conscience. Déjà, il me paraît normal de respecter les croyances d’un être humain et, franchement, je trouve cela plutôt positif que les gygy n’aiment pas trop ça et de savoir qu’ils ont choisi ce métier plutôt pour la vie. Le contraire m’interpellerait davantage. Après, si la patiente le vit mal, je ne vois pas comment le doc pourrait bien le vivre. Enfin, en tant que femmes, nous avons de toute manière un problème « éthique » ou moral ou je ne sais quoi avec l’IVG (j’avoue pour ma part moins l’avoir avec l’IMG), donc il me paraît normal que le gygy l’ait aussi.
    Après tout, le débat sur l’euthanasie n’est pas totalement clos en France, or, on oblige quelque part les gygy à être précurseurs en la matière, et là je parle de l’IMG.
    Bref, beaucoup de blablas pour te dire que je suis complètement d’accord avec toi et je m’aperçois que ça m’énerve tout de suite 🙂 En ce moment, j’imagine que je suis sensible au sujet 🙂 🙂 😉 Il faut dire que le coup sur DMT m’a vraiment mise hors de moi.

    • Reply Irène 19 septembre 2018 at 9 h 50 min

      « Ils ont choisi ce métier plutôt pour la vie »… en disant ça, de mon point de vue, on répète exactement les termes des anti IVG. Alors quoi, ça voudrait dire qu’un IVG c’est la mort ? Mais une grossesse ce n’est pas anodin non plus, ça pèse sur une vie. Un IVG au bon moment et bien vécu, c’est la vie aussi, c’est la vie d’une femme qui peut redémarrer, qui pourra éventuellement avoir un enfant plus tard quand elle l’a choisi, c’est éviter un enfant non voulu dont la vie ne sera pas forcément enviable…

      De mon point de vue, les soignants sont formés pour accompagner les patients dans leur choix, même si ce ne sont pas les leurs. On ne leur demande pas forcément d’ « aimer » faire ces actes là, mais de mettre en oeuvre le maximum de compétences pour que les choses se passent au mieux, pour tout le monde. C’est ce qui est beau dans ce métier… Laisser une femme en panique parce qu’elle a déjà deux médecins qui ont refusé, va devoir faire des kilomètres alors que sa semaine est déjà chargée et qu’elle angoisse au fur et à mesure que les jours passent, pour moi c’est se laver les mains de sa responsabilité alors qu’au final la patiente le fera quand-même (ou ne le fera pas mais les conséquences peuvent être encore plus dramatique).

      Bon par contre je suis d’accord sur le fait que certaines personnes sur les réseaux sociaux oublient qu’elles ont des humains en face, c’est important pour tout le monde que les débats soient de vrais débats, avec des arguments clairs et pas d’attaque personnelle. Quand je ne suis pas d’accord avec quelqu’un je le dis le plus clairement possible, mais ça ne veut pas dire que j’ai quelque chose « contre » cette personne ou que je la catégorise forcément comme « anti IVG » ou anti quelque chose d’office !

    • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 30 min

      Merci pour ton commentaire Virg;
      Je reprends juste ce que tu dis sur l’euthanasie: l’IMG n’est pas une euthanasie, justement, au sens légal du terme puisque le décès intervient avant la naissance (mais c’est un débat sur des mots 🙂 ).

      Sur le fait que les gynécologues choisissent cette voie parce qu’ils aiment la vie (ou les naissances, en tous cas 🙂 ), je le comprends aussi, tout comme je comprends que d’autres choisissent cette voie pour défendre l’accès à la contraception et à l’IVG. Chacun sa vocation, mais il est vrai que j’ai beaucoup entendu comme argument: « s’ils ne veulent pas faire d’IVG, alors il n’ont qu’à ne pas être gynécologues », ce qui pour moi est un contresens. Ca me parait au contraire plutôt logique que des personnes opposées à l’IVG choisissent d’être obstétriciens (que l’on soit d’accord ou non)…. et surtout, on parle sans cesse des opposants à l’IVG, mais je ne suis pas certaine que les personnes faisant appel à la clause de conscience soient tous des « anti ». Je pense qu’il y’en a simplement qui vivent extrêmement mal de pratiquer cette procédure.

  • Reply petitsruisseauxgrandesrivieres 17 septembre 2018 at 11 h 47 min

    Je trouve ton article très équilibré, très vrai, très juste. Il n’y a aucune place sur internet pour la nuance et la complexité.

    J’ajouterais que retirer la clause de conscience aux médecins ne réglerait rien : il y aurait juste une baisse encore plus importante de médecins choisissant la filière gynéco, donc un accès aux autres soins gynécos encore plus mauvais qu’il ne l’est à l’heure actuelle. Je connais des médecins qui ont choisi une autre spécialité que gynéco, uniquement pour ne pas être soumis à ce type de pression.

    Sans entrer dans le débat de l’IMG qui est à part, il me semble qu’une question rarement posée, est de savoir pourquoi les IVG arrivent majoritairement à des femmes sous contraception (les 3/4 environ). Les mécanismes psychologiques inconscients ne sont jamais interrogés, par exemple, et je crois que c’est un point intéressant pour comprendre pourquoi le taux d’IVG ne baisse pas en dépit d’une éducation à la contraception très présente.

    • Reply Valicka 17 septembre 2018 at 20 h 42 min

      Je ne nie pas l’impact des mécanismes inconscients dans le fonctionnement physio du corps (ce serait stupide de ma part de le faire). Mais si ça arrive autant à des femmes sous contraception, c’est parce que …. la contraception n’est absolument pas efficace à 100% (sauf les préservatifs, et encore !). 99% pour la pilule (voire moins pour certaines pilules), 98-99 % pour le stérilet… On peut tout à fait tomber enceinte sous contraception sans qu’il y ait un explication psy derrière.

      Par contre, là où je te rejoins complètement, c’est dans le fait que ce chiffre (2/3 des femmes ayant avorté sont sous contraception) soulève beaucoup de questions…
      – N’y a-t-il pas un vrai travail à faire autour de la contraception féminine, en acceptant de se pencher sur autre chose que la pilule ?
      – Ne faudrait-il pas accepter plus facilement la stérilisation, chez les femmes comme chez les hommes ? (c’est un parcours de la combattante aujourd’hui)
      – Pourquoi ne parle-t-on jamais de la contraception hormonale des hommes ? Peut-être qu’elle serait plus efficace ?

      Voilà. C’était ma petite remarque de biologiste 😉 Oui, il y a de réels impacts de la sphère psychologiques sur les fonctions reproductives humaines, mais en l’occurrence il y a aussi des explications beaucoup plus prosaïques !

      • Reply petitsruisseauxgrandesrivieres 18 septembre 2018 at 23 h 08 min

        Bonsoir, autre biologiste ! 😉

        Oui, tu as raison, aucun moyen contraceptif n’est fiable à 100%. Les accidents de contraceptions existent, j’en connais autour de moi. En fait je pensais plus à la pilule en parlant de cela, et plus précisément aux oublis de pilule. Je pense que les injonctions de la société (trouve un job d’abord, fais ta carrière d’abord, achète un appart d’abord) peuvent être parfois mal vécues et ces oublis de pilule viennent dire ce que l’on refuse : ce contrôle total que l’on s’impose, souvent pour des raisons qui au final, peuvent nous paraître moins valables dans 5 ou 10 ans.

        Je suis d’accord avec les points que tu soulèves sur une contraception autre qu’hormonale et une contraception masculine. Sur la stérilisation en revanche, je suis plus réservée. Tout simplement parce que c’est un geste définitif, et qu’on ne sait pas de quoi la vie est faite. On peut se séparer d’un conjoint, vouloir un enfant de plus de sa nouvelle union même si on en a déjà plusieurs, tant de choses peuvent survenir dans une vie.

      • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 37 min

        Je rêverais de partager ma contraception avec mon mari! Le seul hic que je vois la dedans, c’est que si le mari oublie de prendre sa pilule, c’est la femme qui tombe enceinte… on en revient à la question du contrôle de son propre corps ! :/

        L’échec de la contraception, c’est encore un vaste sujet, et la je pense que tu peux en faire un fourre tout: mécanismes inconscients (chez certaines, mais je ne suis pas sure qu’il s’agisse de la majorité), mauvais accès aux contraceptifs (je pense aux plus jeunes, notamment), mauvaise éducation sexuelle (surtout chez les femmes précaires et isolées), accident bête et méchant (ça arrive aussi)…

        Sur la stérilisation, je comprends pourquoi les médecins sont réticents: je vois pas mal de couples avec enfants qui se séparent, et chacun de jurer que « plus jamais de mariage et d’enfants »… et de retomber amoureux quelques années plus tard et bim: envie de fonder une nouvelle famille recomposée. 🙂 Je serais médecin, je prendrais ce genre de demandes avec une prudence exemplaire.

  • Reply Valicka 17 septembre 2018 at 21 h 05 min

    C’est intéressant ce que tu dis sur les antis et le fait que pour eux, l’IMG est « pire » que l’IVG. Les quelques antis que je connais sont plutôt conciliants avec l’IMG (mais 5-6 personnes, ce n’est pas un panel représentatif, on est d’accord).
    Je dis ça de façon purement anecdotique (si tant est que c’est faisable ), car je ne me permets plus tellement de donner mon avis sur la question (chose que j’ai entre autre appris en lisant ton blog, merci pour ça) : je suis vraiment d’accord avec toi, c’est rude (voire impossible) de discuter de l’aspect humain et moral de ces questions tant qu’on n’y est pas confronté.

    • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 48 min

      Les anti (IVG et IMG) que je connais ne m’ont jamais accusée ouvertement, mais tu sens dans leur discours une incompréhension quasi totale de ma décision (quoi que pas chez tous, c’est vrai). Disons que, de ce que j’ai pu lire (je me suis bouffée toute la littérature des anti sur internet au moment de ma deuxième IMG – je crois que j’avais besoin de me confronter aux arguments des autres, même si cela peut paraitre assez maso): ils font un amalgame (volontaire j’imagine) entre IVG et IMG pour dire, en substance: « on nous explique que l’avortement est autorisé jusqu’à 12 semaines, mais en vrai on vous ment, on peut en faire jusqu’au dernier moment ». Donc ils confondent IMG et IVG, qui sont certes les deux volets d’une même loi, mais qui s’appliquent dans des situations différentes. Et, encore une fois, je pense qu’ils font exprès pour semer la confusion dans l’esprit des lectrices.

      Ils prennent bien garde de juger ouvertement les cas de femmes qui font des IMG, ou alors ils mettent l’accent sur la trisomie 21 (le fondateur d’un grand site dont je ne citerai pas le nom avait d’ailleurs qualifié ça  » d’eugénisme »). Sur les cas comme le mien (où le bébé est condamné par avance) ils font plus gaffe. 🙂 Ils mettent en avant de cas (assez rares) de femmes qui ont eu un enfant handicapé et qui nagent dans le bonheur depuis. Je caricature; mais c’est l’idée. Donc ils mettent plus l’accent sur l’accueil de l’enfant handicapé, le « bonheur » que tu peux tirer d’avoir donné naissance à ton bébé et d’avoir su « être forte » (sic) (ceci n’est pas mon opinion) que sur le fait de traiter les femmes qui font une IMG de meurtrières.

      Mais dans les faits, une IMG est, disons, plus éprouvante pour le personnel médicale, ça j’en suis convaincue…

  • Reply Suzette 17 septembre 2018 at 23 h 35 min

    J’aime beaucoup cet article dans lequel je me reconnais bien.
    Je voudrais juste revenir sur un détail qui m’a interpelée. … les soldats aussi sont de vraies personnes avec leur part d’humanité et ils gardent leur conscience personnelle même face à la mort

    • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 51 min

      C’est « marrant », j’ai justement discuté avec une amie militaire de ça suite aux débats qu’il y’a eu sur la clause de conscience. 🙂 Comment ils étaient formés aux questions d’éthique, quelles étaient les sanctions en cas de refus (de tirer par exemple).

  • Reply Once upon a time 18 septembre 2018 at 13 h 52 min

    Étant infirmière, j ai passé plusieurs matinées à assister à des ivg. Et honnêtement même si je suis une femme et que oui c est notre droit donc j y tiens, il faut aussi savoir se positionner de l autre côté pour savoir ce que l’on ressent face à cet acte.
    J ai fini une fois en pleurs et j ai quitté le bloc car je n arrivais plus, c était la fois de trop, la fois où une petite main était coincée dans la canule d aspiration. Même si toutes les raisons sont recevables pour que ce droit perdure il faut aussi savoir respecter les personnes et leurs propres émotions qui nous permettent d y avoir recours. Pratiquer ce geste n est pas anondin, les personnels de santé ne sont pas des robots…
    merci pour cet article

    • Reply Irène 19 septembre 2018 at 10 h 02 min

      Merci pour ce témoignage, je pense que ce serait une erreur de minimiser ces vécus, un ami m’a raconté des choses similaires, et ça ne peut qu’être éprouvant et impacter le regard qu’on porte sur l’IVG. J’ai tendance à penser malgré tout que plus les femmes sont accompagnées de manière bienveillante, plus elles ont de chance de s’adresser rapidement à quelqu’un et de trouver une solution le plus tôt possible. Bien sûr ça ne fonctionne pas toujours je connais des femmes qui avaient toujours leurs règles les premiers mois de grossesse, dans un cas pareil il n’est pas certain qu’elles aient eu l’occasion de réagir vite par exemple… Et fréquemment, c’est aussi dur à vivre pour les femmes quand c’est découvert tardivement mais qu’un enfant n’est absolument pas envisagé. Il faudrait davantage d’écoute et d’accompagnement autant pour les soignant.es que pour les femmes concernées…

      • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 53 min

        J’ai fait partie de ces femmes qui « saignent » en début de grossesse: je suis sur-informée sur mon corps et le déroulé d’une grossesse, donc je savais qu’il ne s’agissait pas de mes règles. Mais cela peut être confusant, en effet… Je te rejoins complètement sur les questions d’écoute et de bienveillance, je pense qu’on ne peut pas réduire ce débat à la simple « clause de conscience » mais qu’il faut l’élargir à la façon dont les femmes sont informées et accueillies, et ce, quel que soit le lieu où elles vivent.

  • Reply Flora 18 septembre 2018 at 21 h 57 min

    Très bien dit merci.
    Je ne suis pas pro-avortement personnellement, mais il me semble contre nature d’obliger quelqu’un à mener une grossesse contre son gré ! De même il me semble normal de permettre aux médecins de ne pas devoir poser un acte qui va à l’encontre de leur conscience. Et si je devais subir un IVG/IMG je ne voudrais pas me retrouver dans les mains d’un médecin forcé de le faire…

    • Reply Urbanie 19 septembre 2018 at 13 h 54 min

      On est d’accord… on sait qu’à l’époque où l’IVG était interdite, certains médecins curetaient à vif les femmes, donc voila voila voila…

  • Reply Pauline-G 23 septembre 2018 at 12 h 46 min

    C’est très intéressant! Je me souviens qu’il y a de cela quelques années, la lecture de « L’oeuvre de Dieu La part du diable » de John Irving m’avait beaucoup marquée. Je te le conseille vraiment si tu ne l’as pas déjà lu. Le Dr Larch, un gynécologue/avorteur, est également en charge d’un orphelinat. Il élève presque comme son fils un jeune orphelin, Homer Wells, et lui apprend à pratiquer des avortements. Ils n’ont pas du tout le même point de vue sur le sujet: le premier estime que son rôle est de donner aux femmes ce qu’elles veulent: un orphelin ou un avortement. Le deuxième ne veut pas pratiquer d’avortements. Le contexte n’est pas le même, étant donné que dans le roman, l’avortement est illégal.

    Personnellement, ce qui me gêne dans la clause de conscience, c’est qu’elle place les convictions morales RELATIVES du personnel médical au-dessus d’autres considérations, comme les droits des patients. En fait la clause est plus ou moins acceptée parce qu’on peut considérer qu’il y a une sorte de « doute raisonnable » quant à ce qui est bien ou mal concernant l’avortement: il est communément accepté qu’on peut être « pour » ou « contre » l’avortement sans être une personne horrible (ce qu’on pourrait appeler un « relativisme éthique »). En gros on ne peut pas prouver de façon objective que l’avortement est bien ou mal, on ne peut qu’affirmer être pour ou contre EN SON ÂME ET CONSCIENCE. Mais dans ce cas, où tracer la ligne? Un médecin peut-il refuser de soigner un homosexuel parce qu’en son âme et conscience il considère que c’est immoral? D’accompagner des personnes désirant changer de sexe? De soigner des patients obèses sous prétexte que la gloutonnerie est un péché? Si la position sur l’avortement relève de cet éthique relatif, cela ne devrait pas avoir de conséquences sur les soins apportés aux patients, car sinon, tout refus de pratique au nom de convictions personnelles devient justifiable (et possiblement légal…).

    A contrario, on peut aussi argumenter que si ça se trouve, l’avortement est quelque chose d’immoral en soi et d’objectivement mal. Mais dans ce cas, la clause de conscience n’est pas satisfaisante non plus, car l’avortement devrait tout simplement être interdit, et le médecin convaincu que l’avortement est mal devrait tout faire pour empêcher tout avortement d’avoir lieu, y compris refuser d’adresser son patient à un autre praticien. Sinon, pour faire un parallèle, ce serait comme si un bourreau chargé d’exécuter quelqu’un, mais convaincu que la peine de mort est mal en soi, objectivement, décidait de tendre la seringue à son voisin pour faire le sale boulot.

    En fait j’ai le sentiment que la clause de conscience est présentée comme une sorte de compromis « raisonnable » mais fondamentalement illogique entre ceux qui sont contre le droit d’objection, et ceux qui revendiquent le droit de refuser certains actes médicaux. Car soit l’avortement est RELATIVEMENT discutable, et les droits des patients doivent primer, soit l’avortement est OBJECTIVEMENT mal, et l’avortement doit être illégal. Pour résumer, le débat ne devrait pas selon moi porter sur « pour ou contre l’avortement », mais  » l’avortement: conviction personnelle relative ou valeur morale objective? ».

    Etant personnellement convaincue que l’avortement est une question éthique relative, je pense logiquement qu »il devrait être illégal de refuser de pratiquer les avortements (de prescrire la contraception, d’effectuer des changement de sexe, tout ce qui fait la médecine moderne), et que le personnel médical qui refuse ne devrait pas pratiquer la médecine (bah oui, sinon ça revient au même que le mec qui est contre la peine de mort mais décide de pratiquer le métier de bourreau pour ensuite refuser de faire l’injection létale) Est-ce que ce ne serait pas la meilleure clause de conscience? 🙂 Et ce qui est bien c’est que si on reconnait que l’avortement est une question relative, alors les « pour » et les « contre » avortement peuvent être d’accord pour dire que les droits des patients passent avant les convictions personnelles (c’est pas chouette ça??).

    Après je pense qu’il y a une autre dimension dans l’avortement que la moralité, c’est ce qu’on pourrait appeler le sentiment humain. On peut être convaincu en théorie que l’avortement doit être pratiqué s’il est dans l’intérêt du patient, et vivre très mal de le pratiquer en réalité, comme il peut être psychologiquement dur de pratiquer des euthanasies sur des personnes en fin de vie. Mais dans ce cas je ne pense pas qu’il faille parler de « clause de conscience ». Je n’ai pas de solution toute faite, peut-être ne pas être affecté à ces soins plus de x temps, pouvoir tirer une sonnette d’alarme. Mais en tout cas rien qui vienne légalement limiter les droits des patients.

    Voilà, j’espère ne pas m’attirer l’ire des lecteurs de ce blog avec mes réflexions philosophiques ! 😉

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