Uncategorized

Petit éloge de la gentillesse (et conseils pour devenir sympa si tu te sens l’âme d’un Mangemort)

13 novembre 2014

A l’occasion de la journée de la gentillesse, le petit chaton qui sommeille en moi a eu envie de rédiger un  billet pour vanter les mérites de ce sentiment ô combien dévalorisé. Il se trouve aussi que je suis tombée lundi dernier sur cet article du Monde parlant de la communauté en ligne des fans de Mon Petit Poney… composée d’hommes, la trentaine, en recherche de bienveillance, et qui se sont rassemblés autour du dessin-animé pour former une communauté soudée (ne riez pas, c’est hyper sérieux!). Je serais bien mal aisée de me moquer, puisque je fais moi-même partie d’une communauté en ligne où prime justement… la bienveillance.

Alors la gentillesse, trop has-been pour qu’on la retrouve dans la vraie vie? D’où vient cette appétence soudaine pour les communautés sur le net?

Mon point de vue (pas scientifique pour un sou).

 

C’est quoi déjà être gentil?

Déjà, je définirais la gentillesse comme une façon d’être plus que comme un sentiment. Être gentil, c’est être nécessairement tourné vers l’autre.

Genre, quand je cède ma place dans le bus à quelqu’un qui en a plus besoin de moi, et que je vois que cette personne est soulagée de pouvoir s’assoir, je suis bien. Pas dans le sens « youpi, j’ai gagné des points sur mon karma » – ce qui ne serait pas vraiment de la gentillesse, mais une forme d’égocentrisme – mais « youpi, la personne en avait besoin, et donc elle se sent mieux ». Voilà, je suis heureuse d’avoir pu aider, même un tout petit peu, quelqu’un à se sentir mieux. Pour moi, la gentillesse comporte nécessairement une forme de désintérêt vis à vis de l’autre. Quelque part, c’est aussi voir le bien en chacun, parce que c’est se dire que chacun mérite d’être bien traité, avec respect et bienveillance.

Je rajouterais aussi qu’on nous apprend dés le plus jeune âge à ne pas être gentil, parce que la gentillesse est encore trop souvent associée à de la faiblesse: c’est le fameux « trop bon, trop con ».

 

Mais être gentil, c’est has-been, non?

C’est bien là le hic: nous sommes globalement dans une société qui valorise l’agressivité. On pardonne souvent bien plus aux gens d’avoir fait du mal, que de n’avoir pas su se défendre. Or il est possible d’être gentil, et de donner son point de vue ou de se faire respecter.

Par exemple, si tu me demandes « ma jupe me grossit? », et qu’elle te fait de jolies formes, je te dirai bien évidemment qu’elle te met en valeur et que tu es subliiiiiiiime ma chériiiiiiiiiiie.

Si la jupe te boudine carrément trop, et que tu hésites vraiment en mode « je suis mal à l’aise », je te dirai que la jupe est jolie, mais que je te préfère en pantalon (parce que te mentir ouvertement ne serait pas hyper sympa non plus, vu que comme en plus tu es mal-à-l’aise, tu risques de devenir la cible de moqueries) (sauf si tu te sens hyper bien dedans et que tu t’en fous: dans ce cas, je te dirai rien, puisque l’essentiel pour moi ce sera que tu te sentes bien, point à la ligne!) (bref!).

En revanche, si tu viens me voir pour me demander « sur le dossier bidule, je verrais bien un logo kaki  avec une licorne unijambiste qui danse sur un koala manchot », et que je trouve que c’est une très mauvaise idée, je te dirai pourquoi. Mais pas en mode: « ma pauvre fille, t’as vraiment des gouts de chiottes », non. Plutôt « je trouve que le kaki, c’est un peu tristoune, t’en dis-quoi? ».

 chatons_urbanie(oui, même les chatons se bastonnent)

Ca sert à quoi d’être gentil?

Je dirais que ça sert surtout à être en accord avec toi même. Si tu es gentil ben… tu es gentil, point à la ligne. Blesser l’autre te fait du mal. Alors pourquoi se forcer à devenir agressif?

Il y’a aussi un effet « boule de neige »: peut-être que la personne à qui j’ai cédé ma place dans le bus sera de meilleure humeur, ou aura envie de faire à son tour un « geste » désintéressé.  J’ai remarqué un truc rigolo dans le métro: à la sortie, il suffit souvent qu’une personne ne tienne pas la porte aux autres derrière elle pour que plus personne ne le fasse. Et bim, tu te prends la porte dans le nez, tu es de mauvais poil, et tu n’as pas envie de faire l’effort pour la tenir à ceux qui arrivent derrière toi. A l’inverse, lorsque quelqu’un commence à tenir la porte, il y’a un effet d’entrainement positif quasi automatique pour les personnes qui suivent.

Je pense aussi (mais c’est très personnel) qu’on peut apprendre (ou plutôt: réapprendre) à devenir gentil. A moins de naitre avec une pathologie qui annihile toute forme d’empathie, nous avons tous au moins un peu de gentillesse en nous. Que nous apprenons ensuite à taire, plus ou moins en fonction du milieu dans lequel on grandit. J’ai tendance à penser qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre à réveiller cette gentillesse bien planquée sous des tas de couches de self-control et (parfois) de rancoeur.

 

Qu’est-ce que les communautés en ligne ont à voir la-dedans?

Et bien je dirais que c’est une façon de se protéger de cette agressivité ambiante permanente.  De cette peur de te retrouver ouvertement jugée ou tyrannisée parce que bidule trouve que tu gagnes trop d’argent, que tes opinions politiques sont nulles, que tu es grosse, ou mal coiffée, bref trop ceci ou pas assez cela. Participer à une communauté en ligne « bienveillante », c’est être assurée que tu peux te dévoiler sans avoir à craindre que ta personnalité ne serve ensuite de défouloir aux autres. C’est savoir que, tant que tu montres du respect et de la bienveillance, on te traitera avec respect et bienveillance à ton tour (point très important, parce qu’il existe aussi des communautés en ligne qui sont de véritables « zones de non-droit »). C’est enfin savoir que tu es sur un pied d’égalité avec le reste du groupe: pas de chef tyrannique, ni de « tu dois montrer plus de respect à bidule que lui ne t’en doit parce qu’on a décidé que ce serait comme ça et pas autrement ». Bref, c’est un peu l’inverse de la vraie vie.

Or j’y remarque un truc: plus les membres de la communautés sont bienveillants… plus les autres le restent et le deviennent. Le fameux effet « boule de neige » dont je te parlais plus haut!

 

Je suis le fils spirituel de Voldemort et de Dark Vador, suis-je perdu?

Eh bien non, petit evil-padawan! Comme je te le disais, la gentillesse appelle la gentillesse. Si ton « moi profond » est déconnecté de ta licorne intérieure, voici quelques astuces:

1. Fais un geste désintéressé par jour. Oui, par jour. Tu vas sans doute devoir te forcer un peu au début (ou pas!), mais essaie de ne pas te poser trop de questions sur pourquoi tu fais ça. Ni  à « ce que tu peux y gagner en retour ».

2. Écoute tes sentiments au moment où tu fais ce geste: pourquoi est-ce que tu te sens « faible « d’avoir laissé la dernière part de tarte à Sonia à la cantine? Est-ce que, au contraire, tu n’as pas été un peu soulagé de ne pas te sentir obligé d’agresser ton voisin dans le bus pour t’imposer parce qu’il prenait trop de place? Est-ce que ça n’a pas été plus facile de lui demander avec le sourire de se décaler un peu?

3. Travaille ton empathie. Écoute avant de juger ton interlocuteur. Force toi à te demander comment tu réagirais si tu étais à sa place – mais pas juste dans la même situation, non. A sa place. Avec sa vie, ses problèmes, son point de vue (c’est pas évident, c’est un coup à prendre, mais ça en vaut vraiment la peine parce que cela te force à améliorer ta compréhension de l’autre. Or il est très difficile d’être méchant avec quelqu’un pour qui on a de l’empathie. D’ailleurs, dans les cas de harcèlement, on sait aujourd’hui que les harceleurs perdent leur empathie pour la victime au fur et à mesure des agissements).

4. Regarde le positif dans chaque situation: je suis persuadée qu’on est facilement plus gentil et bienveillant lorsqu’on est soi-même bien dans ses baskets. Or, il est très facile de se persuader que « ma situation, c’est la pire du monde ». Du coup je conseille souvent aux gens qui ont tendance à voir le négatif partout de se poser ces 3 questions: « Est-ce que je vis dans un pays en guerre? Est-ce que j’ai peur de ne pas avoir à manger à la fin du mois? Est-ce que j’ai un toit au-dessus de ma tête? ». Si tu réponds « non », « non » et « oui »: c’est qu’en gros, tout roule. (ça ne marche pas si tu fais une dépression, hein. Mais ça fonctionne très bien pour aider à relativiser les « petits tracas » du quotidien, dont on a tendance à se faire une montagne, et qui peuvent générer beaucoup de colère et d’agressivité.)

5. Recommence. Encore. Et encore. Et encore.

6. Va sur ce site et exprime ta licorne intérieure. De rien, c’est cadeau!

paris_cornify_Urbanie

Voilou, j’espère que ces quelques mini conseils de rien du tout pourront t’aider.

Et surtout: soyez-sympas, l’autre vous le rendra!

You Might Also Like

11 Comments

  • Reply Eva 13 novembre 2014 at 11 h 28 min

    ah, le petit poney ne pète pas aujourd’hui 🙂 (ou alors des paillettes!)

    c’est marrant, moi aussi j’avais remarqué la théorie de la porte du métro, c’est un exemple que je donne souvent 🙂

    j’aime bien ce principe d’un geste désintéressé par jour… c’est ce que j’essaye de pratiquer depuis un ou deux ans…pas toujours évident, surtout quand on est énervé ou stressé, mais ça marche plutôt bien, et les retombées sont positives.
    J’essaye de me dire que la récompense d’une bonne action c’est le plaisir qu’on fait à quelqu’un, et pas quelque chose qu’on pourrait avoir en retour.

    bref, un joli article pour la journée de la gentillesse.

    • Reply Urbanie 13 novembre 2014 at 13 h 54 min

      merci! 😉

  • Reply Judith 13 novembre 2014 at 12 h 39 min

    Hmmm encore un article qui donne matière à réflexion. Je dirais que je suis gentille au quotidien mais que ma gentillesse s’est un peu émoussée quand je prends les transports. Je laisse bien sûr ma place et j’attends que les gens descendent avant de monter dans la rame – la base quoi – mais sans être agressive je cède parfois aux lois de la survie en milieu urbain…
    Bref je vais essayer de faire des efforts !
    Parfois en effet il suffit d’un rien pour égayer la journée de quelqu’un, et à l’inverse, il faut parfois pas grand chose, une petite pique méchante, une mesquinerie, pour que la petite goutte d’eau fasse déborder le vase trop plein de quelqu’un qui a déjà pas mal de soucis.
    Sinon, pour moi, la gentillesse c’est aussi s’intéresser pour de vrai et sincèrement à un proche, prendre des nouvelles, même des mois après si la personne a traversé une épreuve, se rappeler qu’untel passe un entretien et lui envoyer un petit « bonne chance » par sms… Ca j’essaye de le faire quand je suis pas trop prise par mon quotidien.

    • Reply Urbanie 13 novembre 2014 at 13 h 53 min

      Non mais les transports en commun, c’est quand même le mal! 🙂

      Cela dit être gentil ne veut pas dire ne jamais être énervé, ou soulé, ou avoir envie de rester assis… parfois, il faut aussi savoir penser à soi, c’est tout à fait compréhensible.

      Je donnais cet exemple parce que je trouve que faire un geste désintéressé dans les transports en communs, c’est justement le signe ultime de la gentillesse: de parfaits inconnus, dont à priori tu te fiches éperdument… pour moi c’est bien plus difficile d’être sympa avec des inconnus dans le métro qu’avec ses propres amis (avec qui of course normalement tu n’as pas de pb à être sympa ni à prendre des nouvelles)!

  • Reply Chat-mille 13 novembre 2014 at 13 h 58 min

    Je crois être de nature gentille et compatissante, et je ne refuse jamais de faire une fleur à quelqu’un du moment où ça ne me nuit pas ou peu. Mais le principal souci, c’est que nous vivons dans un monde qui est tout sauf gentil et compatissant.

    Pas plus tard que ce matin, j’incitais une copine maman à ne pas tenter de faire perdre son agrément à sa nounou avec qui elle était en conflit, parce que faire perdre son job à quelqu’un sur un coup de colère, c’est quand même vachement grave. Mais de son côté la nounou avait magouillé tant et plus pour se faire payer 15 jours où elle ne garderait pas la petite. Quelle compassion pour la mère qui devrait payer deux modes de garde pendant 15 jours ? Pas plus tard qu’hier, je voyais une de mes meilleures amies faire un virement très important (alors qu’elle-même est actuellement au chômage) sur le compte d’une fille rencontrée il y a peu et qui était à découvert. Et ce n’était visiblement pas la première fois. Comment ne pas penser que la fille en question ne prenait pas mon amie pour la poule aux œufs d’or ?

    C’est ça le plus compliqué quand on est gentil, ne pas se faire exploiter par des gens qui ont définitivement fait une croix sur leur sens moral, parce qu’il ne leur rapporte rien. Être gentil avec des inconnus dans le bus ou au supermarché ne coûte rien, être gentil avec ses proches est souvent récompensé (ne serait-ce que par le plaisir qu’on y prend), mais que faire avec le reste du monde, ces personnes que tu côtoient au boulot, tes voisins, tes connaissances, tes employés et employeurs qui essaient de tirer le maximum de toi parce qu’on leur a appris que sinon ce serait toi qui tirerais le maximum de leur gentillesse ? C’est un cercle vicieux ! Si tout le monde était empathique et désintéressé, le monde serait sans doute meilleur. Mais c’est utopique dans une société où le profit prime sur tout.

  • Reply charlotte 14 novembre 2014 at 0 h 01 min

    La gentillesse, ça s’apprend, je suis tout à fait d’accord avec toi! Mais aussi, sur le fait qu’on l’a tous en nous. Malheureusement, on apprend dès leur plus jeune âge aux minots qu’ils doivent « se faire une place dans la jungle ». En tant qu’enseignante en collège (ce qui donne souvent envie de mordre les élèves, voire de devenir carrément cruelle!), j’essais un maximum de leur enseigner à la coopération, l’acceptation de l’autre, et de leur faire ressentir qu’on ne s’épanouit réellement que dans un collectif bienveillant et, justement, collectif! Ce n’est pas toujours facile, et parfois ma patience a des limites (faut entendre comme ils se parlent!), mais j’ai aussi vu des résultats supers. Je ne suis pas naïve, et je sais que je ne vais pas changer le monde, mais mes élèves ont bien intégré que dans ma classe on était dans une niceness zone, et je pensent qu’ils en tirent plus de bien-être que si je leur apprenais à « battre » leur voisin pour réussir… Alors, la gentillesse, on la propose comme grande cause nationale pour 2015?!!

    • Reply Urbanie 16 novembre 2014 at 12 h 14 min

      Franchement, il serait peut être temps d’arrêter d’apprendre aux enfants que « si tu ne marches pas sur l’autre, l’autre marchera sur toi ». Je me demande comment réagissent les enseignants qui doivent entendre à longueur de journée « il a peut-être tapé bidule, mais au moins il sait se défendre! ». Donc un énorme OUI pour faire de la gentillesse une cause nationale!

      Plus sérieusement, ayant été un peu trop souvent dans le cas de la nana qui s’en prend plein la tronche parce que trop gentille, je me rends compte qu’il faut aussi changer les mentalités: non, quelqu’un qui t’insulte n’est pas « gentil, dans le fond, essaie de la comprendre ». Insulter, frapper, brimer quelqu’un n’est jamais gentil (ou alors peut-être dans une réalité parallèle où tout fonctionnerait à l’envers). Et cette perception que nous avons de la méchanceté, qui est normalisée, commence dés le plus jeune âge (et à 30 ans, on voit ce que ça donne, et c’est pas joli joli!).

  • Reply enna 14 novembre 2014 at 10 h 08 min

    j’approuve totalement! Je suis intimement persuadée que nos « bonnes actions » seront récompensées d’une manière ou d’une autre (sans aucune allusion religieuse, hein) je pense juste que plus on est positif plus on donne envie d’être positif. C’est comme le sourire : si tu souris, les gens autour de toi vont sourire 😉 Bref, je suis un bisounours et je pense qu’on peut améliorer le quotidien en ne se fâchant pas pour rien 😉 Vive les good vibes 😉

    • Reply Urbanie 16 novembre 2014 at 12 h 15 min

      Les Bisounours au pouvoir! 🙂

  • Reply Claire (de Chemin de Deuil, blog sur le deuil et faire-part pour parents endeuillés) 1 décembre 2014 at 11 h 27 min

    Ca me rappelle un bouquin que j’avais lu, « Cessez d’être gentil, soyez vrai », je ne sais pas si tu connais?
    Ou comment être un vrai gentil, empathique, capable de l’être car en lien avec ses émotions et capable de dire non.
    Un vrai « non », gentil et à l’écoute de ce que ça provoque chez l’autre. Mais un non salvateur pour se respecter et ne pas emmagasiner aigreur, rancune et colère qui viendraient plus tard faire basculer la gentillesse dans l’agressivité ou la culpabilisation…

    • Reply Urbanie 2 décembre 2014 at 8 h 33 min

      Jamais entendu parler, je vais regarder ça! Merci du conseil!

    Leave a Reply