Même pas peur!

De quoi avez-vous peur?

Au fond de vous, qu’est-ce qui vous emprisonne?

De perdre vos proches? D’être malade? De ne plus avoir d’emploi? Des fantômes? Du mauvais temps?

 

J’ai lu une interview d’Elise Lucet (Madame « Cash Investigation » sur France 2) qui expliquait ne plus avoir peur de rien, depuis qu’elle avait connu le pire, depuis qu’elle avait perdu son mari. Et en effet, à la voir affronter des présidents de multinationales et des ministres en fonction, micro à la main et son aplomb pour seule armure, je me dis que ce petit bout de femme, qui ne paie pas de mine, ne craint décidément plus grand chose.

Moi, en revanche, je ne sais pas, et c’est une question qui me taraude depuis plusieurs semaines maintenant.

 

De quoi ai-je peur? Plus exactement, y’a t-il quelque chose de plus effrayant sur terre que de mettre au monde son enfant mort?

Techniquement? Pas vraiment.

Pourtant, cet article ne sera pas une leçon de courage, loin de là.

 

Je suis donc absente depuis plusieurs semaines. Je ne vous parlerai pas des raisons de mon absence, elles sont d’ordre privé. Mais je ne pouvais pas non plus ne pas vous parler de cette absence, des questions qu’elle a soulevé en moi.

Et cette question me revient en tête, inlassablement: de quoi ai-je donc peur? Quelle est ma prison à moi? Celle que je me suis construite seule, patiemment, au fil des années. Celle qui m’empêche d’avancer, de prendre les bonnes décisions au bon moment? Celle qui m’empêche d’aller au-delà de ma zone de confort?

 

J’ai vécu le pire, pourtant. C’était il y’a 2 ans. J’ai remonté la pente, j’ai repris mon chemin, pas après pas, j’étais un peu chancelante au début, mais j’ai de la chance, je ne perds pas facilement mon équilibre, je suis née comme ça: résiliente. La vie a beau être une pute avec moi, j’arrive toujours à garder le sourire et à faire des blagues pourries.

 

Vous savez quel souvenir je garde de mon premier accouchement? J’ai ri.

J’ai pleuré aussi, bien entendu, mais quelque part dans cette petite apocalypse que j’étais en train de vivre, j’ai réussi à faire une blague, ou à rire à celles de Jean-Mi, ça n’est plus tout à fait clair. Bien entendu, les sage-femmes ont cru que je faisais un déni, que j’étais folle: non, j’étais pleinement consciente de ce qui nous arrivait. J’avais simplement déjà choisi la vie. J’avais tout bêtement décidé que, le moment venu, je serais capable de rire à nouveau pour des broutilles, une mauvaise blague Carambar, une vanne de Michel Cymès, un tweet un peu naze. J’ai refusé poliment les anxiolytiques qu’on me proposait (j’ai entendu une infirmière s’écrier de surprise « Elle ne veut pas prendre les calmants!!! »), je voulais rester consciente malgré la douleur; maitresse de moi, et de ce qui m’arrivait. Et depuis ce moment, chaque fois que quelque chose me fait peur, je me souviens de cet instant. Et j’entends une petite voix qui me dit: « tu as survécu à ça, tu ne dois plus avoir peur de rien désormais ».

 

Alors quand je me suis retrouvée malmenée il y’a quelques mois, je me suis raccrochée à ça. J’ai survécu, alors tout ira pour le mieux. Je survivrai toujours.

 

J’ai donc décidé d’envoyer bouler ma zone de confort: je change de boulot, j’ai également envie de monter un projet dont j’aurai largement l’occasion de vous reparler lorsqu’il sera lancé mais qui va me demander un sacré investissement. Le tout l’année où Jean-Mi reprend ses études en dehors de Paris. Avec Kate accrochée à mes jambes. Ouais. Même pas peur. 😉

27 Comments
  • Claire
    septembre 15, 2016

    Peut on vivre pleinement sa vie en restant toujours dans sa zone de confort? Pas sûr.
    Se mettre en danger nous permet de profiter pleinement de la vie, de la vivre.
    C’est vraiment super d’avoir pleins de projets. Bien sûr ça nous met en difficulté mais une fois l’objectif atteint, quel satisfaction !
    Bon courage pour tout tes projets, et je suis persuadée qu’avec jean mi, vous allez y arriver 😉

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Merci Claire! :)

  • Tamia
    septembre 15, 2016

    Bon retour, je suis contente de te relire. Sortir de sa zone de confort pour plus de créativité et de motivation : oui ! C’est souvent la solution. C’est sport, hein, mais quand on touche au but on est tellement satisfait que je pense que ça vaut le coup !
    Je te souhaite un bon départ dans ton nouveau boulot, de monter ton projet en toute sérénité et surtout bon courage pour gérer tout cela de front !

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Merci! <3

  • Salarnier
    septembre 15, 2016

    Merci pour ce post..
    Comme cela me parle… A différents niveaux
    Je vais essayer moi aussi d’envoyer bouler ma zone de confort… Le plus difficile je l’ai déjà vécu
    Merci !

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Bon courage à toi aussi!

  • Amélie Tamarin
    septembre 15, 2016

    Ah, cette zone de confort… qui finalement n’a que ça pour elle, le confort ! J’espère que tu nous raconteras un peu ton cheminement, même sans les détails privés : je trouve toujours ces histoires très inspirantes ^^ Moi aussi je suis en plein dedans : c’est ça, la crise de la trentaine ?!?

    Je t’envoie plein de bonnes ondes, de pouces levés, etc, etc !!!!!!!!

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Merci! :)

  • Charlie
    septembre 15, 2016

    En ce moment, on se pose la question inverse : mais pourquoi on n’y reste pas, dans cette zone de confort ??? A peine un « challenge » atteint, il faut que l’on se lance dans autre chose…Peur de cette zone de confort ??? De se poser ???

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Si tu es satisfaite de ta vie, alors aucune raison de te forcer à sortir de ta zone de confort (bien au contraire)! Je pense que la zone de confort devient nocive quand tu la subis par peur du changement, mais si tout roule… alors profites-en!

  • Louna
    septembre 16, 2016

    Heureuse de te lire à nouveau, de te retrouver par ici.
    Et j’ai hâte que ton fameux projet se mette en place : je sens qu’il nous réserve des beaux moments ! :-)

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Merci!

  • Chat-mille
    septembre 17, 2016

    C’est un très bel article, très émouvant, très bien construit (ouais, je fais un peu de critique littéraire à mes heures perdues). Bon courage et bonne chance dans cette nouvelle vie ! Tu as raison, c’est effrayant, mais rien de grave, au fond…

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Non, rien de grave!

  • Sarah
    septembre 18, 2016

    Chère Urbanie,
    Il y a déjà quelques semaines que je voulais t’écrire pour te dire merci. Car tous tes messages sur le deuil périnatal m’ont énormément aidée. Je les ai découverts juste avant de partir à l’hôpital, il y a un peu moins d’un mois pour une interruption de grossesse à 23 semaines, car ma petite fille avait une grave malformation cardiaque. Complètement perdue, l’impression de ne pouvoir me raccrocher à aucune expérience similaire vécue par mon entourage… et tes messages, j’y ai repensé à l’hôpital. Ils m’ont donné beaucoup de courage et le sentiment d’être moins seule face à cette épreuve d’une violence peu commune. Pourtant, même dans cette violence, on peut trouver la beauté de moments suspendus, comme des bulles dans les airs. Ton dernier post fait écho sur bien des points à ce que je viens de vivre. Comme toi, j’ai ri avec mon conjoint malgré la douleur, la tristesse et décidé de vivre ce moment intensément, sans calmants… Et tout comme toi, je me demande aujourd’hui, moi qui craignais tant de choses, ce qui peut bien encore me faire peur. En fait, je voulais te poser une question, et si tu la trouves trop indiscrète, je comprendrai que tu n’y répondes pas, mais as-tu trouvé un sens à ce que tu as vécu? Car de mon côté, même si de façon générale, et malgré la tristesse, je « remonte la pente », cette question revient sans cesse. Pourquoi a-t-on vécu cela? pour nous faire comprendre quelque chose? ou est-ce simplement un manque de chance?
    Voilà, encore merci d’avoir créé ce blog, et je te souhaite le meilleur pour la suite et pour tes projets!

    • Lisa
      septembre 22, 2016

      Bonjour,
      Je m’excuse par avance de te répondre bien que ton message soit adressé à Urbanie. Je me sens concernée par tes réflexions ayant moi aussi vécu la perte d’un bébé de cinq mois in utero, en avril dernier.
      Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’après cette douloureuse perte, il est nécessaire de trouver un sens, mais plutôt de mon côté, de trouver un sens au présent, bousculé par le manque, le vide d’une certaine façon… Je ne me suis jamais demandé en revanche : pourquoi moi, pourquoi nous?
      Comme l’a écrit Urbanie dans l’un de ses articles, 7000 femmes par an perdent leur enfant avant terme (après le stade fatidique des 3 mois) C’est une énorme malchance de vivre cela, mais cela fait partie des possibles et au vu des chiffres, de nombreuses femmes y sont confrontées. Alors, non, je ne pense pas que nous ayons été « punies » en vivant ce drame… J’espère seulement qu’après l’avoir totalement traversé, il nous rendra plus forte…!
      Cinq mois après, ma grossesse et mon accouchement sont encore très présent. Les rendez-vous hebdomadaires avec ma psychologue me font beaucoup de bien, m’aident à trier mes émotions et surmonter ma tristesse encore bien présente.
      Je te souhaite de trouver des réponses à tes questions et d’avancer le mieux possible dans ton deuil en forgeant peu à peu de nouveau projets.
      Chaleureusement,
      Lisa

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Alors j’ai beaucoup réfléchi pour savoir quoi te répondre, et en fait je vais t’avouer que pour moi, cette perte n’a pas de « sens », dans le sens où pour moi ce n’était pas le destin, ce n’était pas non plus une étape « nécessaire » pour m’aider à avancer dans la vie. C’est arrivé, c’est tout.

      En revanche, c’est moi qui choisis d’y redonner du sens en m’investissant (certes à mon échelle) pour aider ou témoigner sur le sujet. C’est ma façon à moi de donner du sens à ce qui n’en a pas (je ne sais pas si je suis claire). :)

  • Vanessa
    septembre 21, 2016

    Bonjour,
    J ai vécu cette souffrance de perdre un enfant pendant la grossesse, comme toi au sixième mois. Et depuis je me dis que plus rien ne me fait peur, ni d affronter ma hiérarchie quand je ne suis pas d accord, ni de partir seule en voyage au bout du monde, ni de dire aux gens qu ils m insupportent.
    Je n ai plus peur de la mort, je ne pense pas en avoir eu peur un jour, je veux vivre ma vie à 100% car oui je suis vivante. On a survécu au pire.
    On est des survivors. Bonne continuation à toi dans tes nouveaux projets.
    Bises

    • Urbanie
      septembre 22, 2016

      Et maintenant j’ai la chanson des Destiny’s Child dans la tête! 😀

  • Amelie
    septembre 23, 2016

    Comme ça fait echo à ce que j’ai vécu il y a 2 ans aussi.. et on va pas comparer, 5mois, 6mois, 9mois.. c’est horrible, ça n’a pas de sens comme tu dis.. Il faut apprendre a vivre avec, ou plutôt sans..
    Et la peur ds tout ça? Suis d’accord avec Elise, j’ai plus peur… enfin si peur que ma fille se fasse mal en tombant, peur que mon fils souffre trop avec ses dents qui poussent.. mais je dirais c’est des « petites » peurs.. le reste je l’affronte debout sur mes 2 pieds, qu’est ce qu’il peut m’arriver de pire que ce que j’ai déjà vécu?

    • Urbanie
      septembre 23, 2016

      Oui, c’et très vrai: j’ai « peur » pour ma fille, pour mon mari, mais le reste me semble désormais tout à fait secondaire.

  • Flora
    septembre 23, 2016

    Tu as raison de foncer ! J’ai hâte d’en savoir plus sur ces projets :)

    Ton article m’a beaucoup fait réfléchir et je crois que je ne suis pas entièrement d’accord. Je crois même que je vais écrire dessus tellement ça m’a fait cogiter.
    Je suis d’accord qu’affronter l’absurdité en face donne le courage parce qu’on sait que quoi qu’il nous arrive on aura la force de se relever. Tant qu’il y a de la vie, il y ‘a de l’espoir il parait 😉
    Par contre, je ne suis pas sûre qu’on puisse jamais dire qu’on a connu le pire. Quoi qu’on vive, quoi qu’on traverse, il y a toujours pire…

    • Urbanie
      septembre 24, 2016

      J’ai hâte de lire ton article alors! :)

  • Eva
    septembre 23, 2016

    souvent le changement appelle le changement : tu es dans une dynamique de mouvement – un mari qui reprend ses études et qui en plus change de zone géographique, un enfant … ça ne m’étonne pas que tu aies envie de changer de travail et de te lancer dans de nouveaux projets! en tout cas bravo pour ces défis que tu te lances, et cette belle énergie positive !

    • Urbanie
      septembre 24, 2016

      Merci! Oui, c’est une très bonne analyse des choses! :)

  • Swiiixou
    septembre 27, 2016

    Ohhh Urbanie, comme souvent, ton article me bouleverse. Et je relis tes textes de 2014 qui me remuent à nouveau. Je pense à toi, à vous, et vous souhaite le meilleur !
    Et j’ai hâte d’en savoir plus sur ces projets dont tu parles à demi-mots !!! Vivement que tu puisses nous en parler… C’est que j’ai l’impression de te connaître, à travers tes articles, et te lire, c’est comme avoir des nouvelles d’une amie !

    • Urbanie
      septembre 27, 2016

      Merci <3 :)

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