Je raconte ma vie

Les cases à cocher (ou pas)

27 novembre 2018

Alors que mes 35 ans approchent à grand pas (les saligauds), je me faisais la réflexion dernièrement que je n’étais pas complètement sure d’avoir coché toutes les bonnes cases.

Vous l’imaginiez comment, vous, votre vie d’adulte? Deux enfants, un chien assis sagement sur la pelouse de votre maison de banlieue, un mari aimant et une vie de famille riche de cousinades et d’anniversaires chaleureux? Une vie trépidante de working-girl, entre voyages et after-works, manucures et amitiés sauvages?

Un poste à responsabilité, ou un job qui vous permet d’aller chercher votre petit dernier à la crèche sans vous faire des noeuds au cerveau?

Un salaire confortable pour un boulot pas toujours dingo, ou vivre de votre passion sans être certaine de pouvoir tenir en fin de mois?

 

Il y’a tellement de cases à cocher que j’ai parfois l’impression d’y perdre la tête. Pas vous?

Il parait qu’une carrière se joue entre 30 et 40 ans, mais comment fait-on, en tant que femme, pour concilier maternité et progression hiérarchique? Comment déjouer les questions pièges des recruteurs (« Je vois que vous avez 35 ans, vous comptez avoir encore d’autres enfants? »), illégales mais pourtant si courantes, quand on ne sait pas toujours quoi y répondre soi-même?

Vous souhaitez échapper à ces tergiversations professionnelles et devenir mère au foyer? Grand bien vous fasse: vous ne toucherez cependant aucun salaire pour un job a plein temps (littéralement), vous ne cotiserez pas non plus pour votre retraite. Mère au foyer, c’est la précarité assurée si le couple explose en plein vol. C’est aussi un regard acéré de la société sur votre « inactivité » (et là, je ris très fort). Mères au foyer, vous avez tout mon respect.

Injuste? Terriblement.

Je me sens parfois un peu perdue, face à tout ça. A en croire Facebook et Twitter, j’ai souvent l’impression que, pour être digne d’intérêt, il faudrait que je sois déjà:

-CEO de ma propre start-up/ Directrice de je ne sais quel poste obscur dans une multinationale.

-Mère de famille accomplie, dispensant mes conseils aux autres femmes sur la meilleure façon de devenir une incroyable winneuse tout en rentrant le soir à 19h pour préparer le diner à mes enfants.

-Propriétaire d’une maison à la décoration instagrammable à souhait.

Que je coche tout en même temps les cases working girl/ mère de famille épanouie/ BTS décoration d’intérieur en sus.

Et que, à la question fatidique: « mais comment avez-vous donc fait pour en arriver jusque la? », je réponde le plus simplement du monde: « j’ai beaucoup travaillé, mais tout le monde peut le faire, vous savez ».

La vérité, c’est que je crois bien que nous naviguons toutes à vue, sans plan de carrière défini, sans savoir où demain nous amènera. Je ne suis pas complètement certaine que planifier sa vie à la case près soit une solution d’ailleurs – je sais, en tout cas, que ce n’est pas la solution pour moi.

J’ai quelques échéances et de jolis projets à court et moyen terme. Je ne sais toujours pas ce que je ferai, « quand je serai grande ». Aujourd’hui, je travaille dans la comm, mais demain…? J’aime savoir que demain, je ferai peut être quelque chose de totalement différent, ici ou ailleurs.

Je ne sais pas vraiment quoi faire de ces petites cases que les réseaux sociaux m’agitent régulièrement sous le nez; je sais juste qui je suis aujourd’hui, ce qui me rend heureuse. J’ai parfois quelques légères frustrations, des « et si…? » qui viennent me narguer dans un coin de la tête sans que je ne l’ai vraiment demandé. Comme nous toutes.

Je me dis souvent que la nana qui poste sa promotion sur LinkedIn rentre chez elle bien seule le soir. Que celle qui publie des photos de son intérieur parfait s’est sans doute pris la tête avec son mec le matin même. Que la mère de famille souriante d’Instagram s’ennuie aussi quand elle fait tourner ses 4 machines quotidiennes. Que nous avons toutes notre lot d’insatisfactions, d’envies et d’ambitions. Et que, tant que ces ambitions restent des moteurs et non des freins, tant que nous savons apprécier notre quotidien et les succès des autres, alors le manque a toute sa place dans notre vie. Et qu’in fine, l’équilibre, le vrai, ce n’est pas tant de savoir jongler entre la réunion de 17h et la sortie de crèche à 19h, entre le repas du soir et le dossier à terminer une fois les enfants couchés, entre la carrière et la famille. Mais plutôt de savoir faire  la part des choses entre nos envies et nos besoins réels, nos ambitions et nos rêves contrariés, de nous réjouir de nos réussites face à nos rendez-vous manqués, pour apprendre à mieux apprécier ce qu’on a, ici et maintenant. Et tant pis si le job de nos rêves nous passe sous le nez parce qu’on est partie en congé maternité- ce ne sera que partie remise. Un temps pour chaque chose, et chaque chose en son temps.

 

Et vous? Vous avez l’impression de cocher toutes les cases?

 

 

 

 

 

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5 Comments

  • Reply Chaperon rouge 28 novembre 2018 at 8 h 10 min

    Alors ca c’est très joliment dit! (Je n ai pas instagram ni LinkedIn, ca aide à éviter les cases^^)

  • Reply Laurie 28 novembre 2018 at 11 h 11 min

    wow.. quel bel article. Un grand merci, il fait beaucoup de bien…
    ton blog devrait être reconnu d’utilité publique 😉

  • Reply Caro - WondermMumBreizh 28 novembre 2018 at 14 h 45 min

    Ton article fait écho en moi. Je reviens de mon congé maternité. Je vois peu ma fille le soir (mais bcp le matin) mais en soi je sais que je vais bientot changer de boulot, parce que j’ai de nouvelles opportunités, de nouvelles envies …

    Et toutes les cases semblent etre cochés : Maman, Working Mum, heureuse, épanouie, … Mais elles me font tourner la tête et parfois je me dis que la claque n’est pas loin … Je l’attend elle est comme une épée de Damoclès. Je me bats contre elle …

  • Reply petitsruisseauxgrandesrivieres 2 décembre 2018 at 15 h 01 min

    Je ressens beaucoup de choses comme toi. A tout vouloir saisir, on n’attrape rien. Mes derniers enfants sont petits : la phase où je me défonçais au boulot est révolue pour quelques années. Peut-être que quand ils auront moins besoin de moi, je me relancerai de manière un peu plus intense dans ma carrière, mais ma priorité actuelle n’est pas là.

  • Reply Johanna au presque parfait 15 décembre 2018 at 9 h 50 min

    Merci pour cet article très juste. Moi, quand je me pose ces questions, je me répète en bible créés deux phrases :
    L’équilibre n’est qu’une étape transitoire entre deux déséquilibres
    Leur enfance n’est qu’une partie de la vie, elle passe à toute allure…

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