Je raconte ma vie

Le jour où j’ai du choisir entre carrière et famille

29 janvier 2019

Je crois que je ne vous en ai jamais vraiment parlé, mais je suis un « pur produit » du système universitaire français. J’ai fréquenté les bancs des universités et des Grandes Écoles parmi les plus prestigieuses de notre pays, et, pour moi qui vient d’un milieu très très modeste, ce parcours est déjà en soi une immense victoire.

Je suis assez logiquement (ou pas, d’ailleurs) devenue cadre, et si j’ai été au départ promise à un avenir plutôt radieux, il se trouve que mes mésaventures (euphémisme, j’écris ton nom) en matière de maternité m’ont sérieusement ralentie ces dernières années. Les arrêts maladie et congés mat à gogo n’ont hélas pas aidé à me faire suivre une ascension fulgurante – ce qui peut se comprendre, j’ai aussi fait mes choix (comprenez bien que je déplore que certaines femmes soient mises au placard à l’annonce de leur grossesse, et cela n’est pas le propos; je suis simplement tombée enceinte 3 fois en 4 ans, 2 de mes grossesses ont connu une issue tragique, avec des arrêts maladie de longue durée. Il me parait donc assez « logique » que ma carrière n’ait pas pris l’essor espéré: j’avais d’autres chats à fouetter que de m’en préoccuper).

 

Là où je suis aujourd’hui, on ne peut pas vraiment dire que j’ai de quoi me plaindre: je suis en CDI, correctement rémunérée, et en bonus, mes collègues sont plutôt adorables (jamais vu une équipe comme ça de ma vie). Mais voilà: sans entrer dans les détails, disons que, professionnellement parlant, 2018 n’aura pas été une année très stimulante.

Il y’a quelques mois de cela, j’ai été appelée par un recruteur, qui souhaitait me rencontrer. J’y suis allée par curiosité au tout début, je dois bien l’avouer: se faire chasser, ça fait toujours du bien à l’égo, et puis on ne sait jamais, hein. Les entretiens se faisant, j’ai cerné le profil du job qu’on me proposait: un poste de directrice de la communication, dans une filiale d’un grand groupe. Si le salaire n’allait pas être mirobolant, les responsabilités, elles, l’étaient. Un tremplin inespéré compte tenu de ma situation.

J’ai passé les entretiens, les uns après les autres: les RH, le Directeur Général, le membre du Comité Exécutif du Grand Groupe en question. Du lourd, quoi.

Et, au fil de ces entretiens est venue se poser une question, LA question (dans laquelle 99% des mamans se reconnaitront): « comment je vais faire pour tout concilier? ».

 

Parce que voilà, nous sommes encore en train d’envisager d’agrandir la famille dans un futur moyennement proche. Parce que Kate n’a que 3 ans. Parce que j’en ai eu 35 récemment. Parce que le temps file, et que je ne veux pas me retrouver comme quantité de femmes autour de moi: me réveiller à 39 ans parce que j’aurais voulu prioriser ma carrière. Je ne juge absolument pas les femmes qui font le choix d’attendre d’avoir installé leur carrière avant de faire des enfants, je sais simplement que ce choix là ne me correspond pas.

Parce que c’est bien là, que le bâts blesse: entre 30 et 40 ans, les femmes doivent choisir. N’en déplaisent aux influenceuses qui vous jurent que vous pouvez tout avoir ensemble, parce que ça rend bien sur Instagram. Parce que si vous voulez voir vos enfants grandir, être présent pendant la petite enfance, vous devez nécessairement faire des choix (ou avoir un mari au foyer, situation qui demeure de nos jours quelque peu rare, nous sommes bien d’accord).

Alors bien entendu, certaines objecteront ici qu’on peut tout à fait déléguer, et partir du boulot à 20h: déléguer aux grands-parents, à une nounou. Mais quel sens y’a t-il à faire des enfants, si c’est pour ne les voir que 2 heures par jour? Est-ce que je m’imagine, moi, ne voir Kate que 45mn tous les soirs et tous les matins? Est-ce qu’elle sera heureuse? Est-ce que je serai heureuse? Ces questions n’ont cessé de cogner dans ma tête, tout au long des entretiens.

Et je ne vous cacherai pas que, lors du dernier entretien, j’avais perdu toute ma motivation. Insomnies, doutes, questions qui n’en finissaient de revenir à toute heure du jour et de la nuit.

Et je me suis rendu compte, qu’en fait, je savais déjà ce que je voulais: un job intéressant et motivant, oui, mais pas à n’importe quel prix. J’ai donc fait le choix de la famille: de Kate, d’un bébé à venir d’ici l’année prochaine, si la science nous le permet. Je ne sais pas quand ce bébé arrivera, s’il arrivera un jour. Mais je veux être prête à l’accueillir lorsque ce sera le cas.

 

Oui, je veux être là aussi quand Kate me retourne le salon.

Je veux être la pour les bains de Kate, pour les câlins du matin et les histoires du soir. Je veux continuer à froncer les sourcils devant les bêtises du quotidien, devant son petit air espiègle et son rire immense qui remplit chaque fois la pièce et efface toute trace de colère (pour les traces de feutre sur les meubles, en revanche, on repassera). Je veux l’aider à choisir sa tenue du jour, le collant gris avec la robe rouge, la jupe rose avec le joli pull blanc, les chaussures bleues, ou les baskets violettes. Je veux les noeuds dans les cheveux et les moustaches de chocolat, l’odeur d’une nuit de sommeil au petit matin, faire semblant de ne pas sentir quand elle se blottit contre nous la nuit en cas d’orage, de cauchemars, de fantôme sous le lit et d’ombres fantastiques qui dessinent leurs longues griffes acérées sur les murs (« c’est rien, ma puce, c’est juste ta veilleuse qui projette une ombre, là, tu vois? »).

Je veux être la.

Je n’aurais peut-être pas la superbe carrière à laquelle j’étais plus ou moins promise. Mais à la fin, ce qui me restera, ce sera ma famille, pas les prises de tête sur le dossier Trucmuche, ni la validation de mes managers.

Bref, j’ai refusé un poste de Dircom.

Et vous qu’auriez-vous fait?

 

(La superbe photo est d’Amandine Gimenez)

 

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32 Comments

  • Reply Charfaisal 29 janvier 2019 at 14 h 13 min

    J’ai choisi aussi « d’être là » pour eux et j’ai mis de côté mes beaux diplômes et mon costume de working girl ! Aujourd’hui, ce qui me parait le plus important, c’est d’être et non pas d’avoir. Je suis leur maman à 100% et ça, ça n’a pas de prix.

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 13 min

      Je suis bien d’accord! 🙂

  • Reply Aurelie 29 janvier 2019 at 14 h 21 min

    Parcours similaire au tien (en siences), parcours grossesses aussi similaire et j’ai fait comme toi! J’ai choisi de ne pas être là que pour le bain du soir, le repas le coucher et hop dodo. non je veux aussi le voir grandir et profiter de ces moments avec lui

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 13 min

      Comme je te comprends!

  • Reply Elodie 29 janvier 2019 at 14 h 49 min

    Merci pour cet article encore une fois! J’ai changé de carrière pour m’occuper de mes enfants, j’étais en profession libérale et je suis devenue enseignante. Je suis heureuse de m’occuper d’eux ( bon le mercredi soir un peu moins je dois admettre). Mais il est vrai que parfois je peste quand je vois mon salaire et mes amies cadres sup partir au ski … Je sais aussi que la petite enfance passe vite et je souhaite également avoir un autre enfant donc mon choix est fait. J’espère juste que je saurai trouver une solution si la situation ne me correspond plus un jour.

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 05 min

      Bonjour Elodie,
      C’est un sacré changement de vie en effet! Je comprends d’autant plus le besoin de changer, en libéral, on rarement du temps pour soi et sa famille. Et clairement, la petite enfance passe à une vitesse dingue!

  • Reply Madame Bobette 29 janvier 2019 at 16 h 57 min

    En restant où je bosse, je choisis clairement ma famille… Ce n’est pas le poste rêvé mais j’ai une bonne situation et surtout de bonnes conditions pour concilier ma vie de famille. Un jour, je chercherai sûrement ailleurs mais ce ne sera pas demain! Pour l’instant, je privilégie ma fille et j’espère un jour un autre bébé!

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 14 min

      On est dans la même optique à ce que je vis! C’est sur que lorsque tu as un projet bébé en tête, cela joue énormément aussi!

  • Reply Lud 29 janvier 2019 at 17 h 25 min

    J’ai aussi choisi la famille !
    J’avais un chouette job, mais où je n’arrivais pas à évoluer comme je voulais. Je suis resté, j’ai eu mes enfants, j’ai même pris un congé parental à 80 % pour mon deuxième (ce qui a horripilé ma chef) et je me suis occupé d’eux.
    Quand le dernier a eu 6 ans, j’ai vu passer une opportunité, je me suis dit qu’ils étaient plus autonomes et je me suis lancée dessus : ma situation a très bien évoluée, j’ai des nouvelles responsabilités qui me motivent énormément et je me sens bien. Notre rythme à changé, je ne finis pas très tard pour autant et je mets en place le télétravail quand c’est nécessaire).
    On ne peut peut-être pas tout avoir en même temps, mais on a le droit de s’autoriser une parenthèse dans la carrière, ça ne veut pas dire que notre carrière est foutue 🙂
    Et on ne doit pas culpabiliser, c’est trop bon de sniffer les bébés ! 🙂

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 06 min

      j’aime beaucoup ta vision des choses, sur le fait que privilégier sa famille pendant quelques années ne constitue surtout qu’une parenthèse, et qu’après, il est possible de reprendre une carrière épanouissante. 🙂

  • Reply Virg 29 janvier 2019 at 17 h 55 min

    Actuellement, je fais le même choix. Mais c’est aussi angoissant quelque part car c’est un pari : quand ma fille aura 12 ans, préado « t’es chiante maman » je n’aurai que 50 ans. Est-ce que ma carrière attendra ce moment-là, celui où chaque femme se sent prête à repartir en mode working girl ?
    Mais sincèrement je ne veux pas non plus rater tous ces moments, ça passe trop trop vite.

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 07 min

      Je me pose exactement la même question: quand ma fille sera suffisamment grande, est-ce qu’il sera toujours temps pour moi de repartir en mode « working girl? ». Je ne suis pas sure, mais je garde cette option dans un coin de ma tête!

  • Reply Elo 29 janvier 2019 at 18 h 03 min

    Je suis en pleine réflexion sur ce sujet justement! J’ai eu mon deuxième enfant il y a 5 mois et j’ai pris un congé parental d’un an. Je travaille dans une collectivité territoriale et je pense que je vais chercher ailleurs car je travaille beaucoup trop loin de mon domicile. En gros j’ai pratiquement 2 heures de trajet par jour pour faire maison-boulot, boulot-maison. Je n’ai pas envie de voir mes enfants seulement une heure par jour, alors je suis prête à accepter des missions un peu moins intéressantes si je peux me rapprocher un peu de mon lieu d’habitation.

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 08 min

      On ne parle pas assez du temps de transport, et c’est vrai que cela joue énormément… 1h30 par jour ici. Je m’estime chanceuse, je suis dans la moyenne parisienne. Mais cela signifie que même en quittant le travail vers 18h30, je ne suis pas chez moi avant 19h15.

  • Reply Ariel 29 janvier 2019 at 19 h 26 min

    Bonsoir,
    Lectrice de l’ombre, je commente pour la première fois car cet article me parle terriblement.
    Je me retrouve dans vos mots. Vos réflexions font écho aux miennes. Et comme vous j’ai choisi un emploi qui me permette de voir grandir mes enfants, j’ai refusé celui auquel mes diplômes me permettaient d’accéder : trop d’heures de travail, pas assez de temps pour ma famille. Ça correspond peut être à certaines, mais ce n’était pas pour moi.
    Je crois que l’essentiel est de faire un choix qui nous plaise et nous convienne!
    Belle continuation à vous et votre famille!

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 10 min

      Merci Ariel, je partage ce point de vue aussi. Il faut faire le choix qui nous convient, et apprendre à s’affranchir du reste.

  • Reply Marie 29 janvier 2019 at 23 h 04 min

    Bonjour,
    Lectrice de l’ombre moi aussi, votre post me parle tellement : je suis aussi un pur produit de notre système scolaire français (classes prépas, grande école d’ingénieurs) avec des perspectives d’une belle carrière. Sauf que 3 (jeunes) enfants plus tard et passée à 80%, j’ai aussi choisi de passer du temps avec mes enfants plutôt que d’évoluer. J’ai eu un déclic après la naissance de mon 2ème, avec l’impression de courir en permanence avec des enfants qui grandissent tellement vite. J’ai alors décidé de passer à 80%, malgré le fait que mon chef m’a clairement dit que je renonçais à l’évolution que nous avions envisagé.
    Cette injustice permanente, liée en partie à la culture du présentéisme en France, me révolte malgré ma chance d’avoir un boulot qui me plait !
    Merci pour vos articles !

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 11 min

      Ah ça, ne me lance pas sur le présentéisme, je pourrais te pondre un roman. 🙂 J’ai la grande chance en ce moment d’être dans un service où le présentéisme n’est pas érigé en valeur reine, mais j’ai bien conscience qu’il s’agit d’une exception.

  • Reply Kid Friendly 29 janvier 2019 at 23 h 06 min

    Visiblement on bosse dans le même domaine. Perso je ne suis même pas allée à l’entretien 😮 J’ai changé quand même de job sans viser un poste à responsabilité parce que je ne supportais vraiment plus le job précédent et que je n’avais plus la chouette équipe. Mais finalement même en faisant ça et en gardant mon 80%, j’ai perdu en qualité de vie/temps familial. Et ça me gave tellement au passage que certains managers en soient encore à passer que c’est le temps passé au taf qui importe et pas le résultat. Bref franchement on a beau être en 2019 c’est Toujours bien compliqué de tout concilier et perso j’ai renoncé à avoir une carrière ouf

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 0 h 13 min

      Une copine de comm! 🙂
      Tu avais également été chassée par une autre entreprise que la tienne? C’est vrai que j’aurais pu ne pas y aller, mais je me suis dit sur le moment que l’occasion serait sans doute trop belle, et je ne voulais pas avoir de regret.

  • Reply Lunaly 30 janvier 2019 at 10 h 35 min

    Très intéressant ton article. C’est vrai que devoir faire un choix entre sa vie professionnelle et sa vie de famille est très paradoxale chez nous les femmes dans notre société actuelle. Bien que n’ayant pas un poste à responsabilité, j’ai le désir d’évoluer mais aussi de voir mon fils (et éventuellement un second enfant) grandir , du coup je regarde un peu le marché actuel sans pour autant sauter le pas de changer d’emploi , par contre changer en interne m’intéresse en gardant mes avantages actuels et si j’ai la chance d’avoir un second enfant, sans doute que je changerai lorsqu’il entrera à l’école maternelle.

  • Reply Elisa 30 janvier 2019 at 10 h 58 min

    Merci pour cet article! Cela me saoule de voir des articles de mamans qui disent qu’on peut tout mener de front sans choisir (mais qui choisissent quand même vu qu’elles arrivent à la maison à 19h30 et que leur.s gosse.s vont dormir à 20heures). ..

    • Reply Urbanie 30 janvier 2019 at 11 h 11 min

      Je t’avoue partager ton agacement. Je n’arrive jamais bien à savoir si elles considèrent simplement que voir ses enfants 40mn par jour leur suffit (ce qui peut tout à fait se comprendre), ou si elles enjolivent la réalité pour leurs followers. Mais j’ai parfois l’impression qu’il y’a comme une légère hypocrisie face à ça, et j’ai toujours cette impression qu’elles nous disent en substance: « oui, c’est possible de tout concilier, si vous n’y arrivez pas c’est un peu de votre faute ». Mais c’est peut être moi qui vit mal ce type de discours. 🙂

  • Reply Charlotte - Enfance Joyeuse 30 janvier 2019 at 13 h 12 min

    J’ai beaucoup aimé ton article et le message derrière en filigrane. Tu as du faire un choix comme beaucoup de mamans également. À ta place, j’aurai fais le même que toi.
    La famille, les rires, les souvenirs, l’amour : voilà ce qui reste. Pas des dossiers, une médaille professionnelle ou le reste.
    J’espère que tu arriveras à trouver un équilibre qui te conviens en tous les cas.
    Merci pour ce billet !
    Charlotte.

  • Reply Workingmutti 30 janvier 2019 at 13 h 28 min

    Je me retrouve tellement dans ton récit. J’ai eu le même parcours que toi, universités, Grandes Ecoles, un poste de cadre « qui en jette ». Et puis, mes pathologies chroniques se sont aggravées. Et puis j’ai eu 3 congés maternité en 4 ans avec arrêt dès que le cap des 3 premiers mois était passé.

    Clairement, je veux voir grandir mes enfants. Depuis que je suis en arrêt à la maison, je me rends compte que je ne les voyais pas du tout lorsque je travaillais. Le pire c’est que l’équipe me reprochait mon manque de présence et d’engagement. Je ne sais pas trop quoi faire si ce n’est que je ne veux plus d’un boulot de cadre. Peut-être un jour, plus tard, quand mes enfants seront grands et que ma santé sera meilleure.

    L’hypocrisie du « je peux tout faire » … Ou comment réussir à mettre encore plus la pression d’un diktat inatteignable pour les femmes. Clairement non, je ne peux pas être à 19h au boulot et à 19h chez pour donner le bain à mon fils. Non dans mon poste de cadre je ne peux pas dans les faits prendre un temps partiel et donc je vois uniquement mes enfants + de 25 minutes par jour le week-end.

  • Reply Lucky Sophie 31 janvier 2019 at 10 h 47 min

    J’ai fait le même choix et je ne le regrette absolument pas !

  • Reply Pauline 31 janvier 2019 at 12 h 37 min

    Même parcours grandes écoles et la voie toute tracée vers les postes de direction. Après un job en startup qui me faisait arriver à 19H45 chez la nounou (…), j’ai fait une pause d’un an 1/2, le temps de me consacrer à des projets personnels et de faire un 2ème enfant. Ce « trou » sur mon cv ne m’a pas empêchée de me faire chasser quand j’ai décidé de retourner bosser à l’extérieur et n’a jamais posé problème en entretiens. J’ai eu la chance de décrocher un poste de direction où il n’y a personne au-dessus de moi. C’est moi qui décide à quel moment le boulot de la journée est terminé, et ça, c’est un vrai luxe!

  • Reply elisa 1 février 2019 at 17 h 38 min

    en gros j’ai fais comme toi… j’étais journaliste (et je considère que je le suis toujours) et un jour il a fallu choisir entre un salaire potable (parce que c’était quand même pas le nirvana de ce côté là), un boulot passionnant et le fait de pouvoir aller chercher mon fils à la crèche…le calcul a été vite fait, d’autant plus que le salaire n’étant pas fou dans le journaliste en radio, je ne pouvais dans tous les cas pas me payer de nounou.
    Depuis je suis vendeuse. Je m’emmerde, je suis dans une boite où on se fout bien de ma gueule…mais à côté de ça je peux emmener fiston le matin et aller le chercher le soir. et comme je bosse le samedi les grands parents prennent le relais. ce n’est pas encore idéal mais c’est mieux…et niveau salaire ben le SMIC et là c’est bien difficile. mais c’est un choix. je ne compte pas passer ma vie entière comme ça. là comme on veut un deuxième enfant je sais que ça ne va pas changer de sitôt mais je compte bien un jour refaire quelque chose de plus passionnant.

    • Reply Urbanie 1 février 2019 at 19 h 08 min

      Je comprends parfaitement, je crois que nous faisons toutes des sacrifices quand il est question de vie de famille. :/

  • Reply Anananas 25 février 2019 at 18 h 39 min

    Je trouve cet article et les commentaires assez culpabilisants pour les mamans qui auraient « fait le choix de la carrière. » Je comprends bien que ce n’est pas le but mais quand même… Je l’ai lu et je me suis sentie blessée.
    Je suis convaincue que oui, on peut travailler à 100% et avoir une vie de famille équilibrée, sans avoir l’impression de faire des sacrifices d’un côté ou de l’autre. Et je ne suis pas une influenceuse pour autant.

    Je pense que les sacrifices peuvent passer par d’autres domaines que le classique duo « carrière ou famille ».

    Je suis une maman solo qui travaille à 100%, j’ai eu mon fils lorsque j’étais en première année de master à Sciences-Po et je ne compte plus les personnes qui m’ont assuré que je n’allais pas pouvoir tout gérer et qu’il y aurait FORCEMENT des sacrifices douloureux. Sauf que 3 ans plus tard, ces sacrifices, je les attends toujours. J’ai un poste à responsabilités, mais j’ai su mettre des limites dès le départ. Dès que je suis au bureau, je passe en mode travail et je m’efforce d’être le plus productive possible. Je déjeune devant mon ordinateur et à 18h pétantes, je pars.
    J’accompagne mon fils le matin et je vais le chercher le soir. Pour le retour à la maison, j’ai aussi établi des règles pour lui et moi: je ne touche pas à mon téléphone tant qu’il n’est pas couché, pas d’écran pour lui la semaine, on joue ensemble pendant au moins 1h et il participe à tout ce que je fais (cuisine, ménage). J’ai aussi reculé l’heure de son coucher pour avoir au moins 3h avec lui le soir + 1h le matin.

    Je n’ai pas l’impression que parce que je travaille à 100%, notre qualité de vie familiale est grandement dégradée. Nous aussi on rigole, on joue tous les jours de la semaine et même si la fréquence est réduite, je ne pense pas que je passe à côté de la petite enfance de mon fils. Je le vois grandir, évoluer chaque jour et ça me laisse de beaux souvenirs.
    Alors peut-être que j’ai moins de temps pour moi, moins de moments pour souffler dans la journée et que souvent, je suis obligée de travailler chez moi le soir, y compris les soirs de week-end. C’est peut-être là que l’on peut parler de sacrifice. Mais j’ai un salaire qui nous permet de voyager souvent, de faire tout plein d’activités le week-end, de lui offrir des livres, des jouets, d’acheter des produits bio… Ce sont sûrement des choses dont on peut très bien se passer mais pour moi, c’est aussi ma conception d’une enfance heureuse et d’une maternité qui me rend heureuse.

    Je me trompe peut-être mais je pense aussi que quand on est deux parents, c’est encore plus facile à gérer, puisque l’on peut s’arranger pour alterner les soirées et partir plus tôt du travail deux fois dans la semaine par exemple, pour profiter de l’enfant. Alterner des moments où il n’est qu’avec son papa ou qu’avec sa maman, je trouve ça très sain aussi et c’est plus facile à mettre en place !

    En bref, je refuse de croire que le choix carrière/famille soit si inévitable que ça !

    • Reply Urbanie 28 février 2019 at 13 h 25 min

      Oups, je n’avais pas vu ton commentaire passer!

      En fait, je pense que cela dépend de deux facteurs: de ce que l’on comprend par « poste à responsabilités », et du type d’emploi et d’entreprises que tu vises.

      Je suis cadre dans un grand groupe, j’ai également posé des limites de façon claire avant même mon embauche sur mon poste actuel, et, si je cours toute la journée (je perds environ 1h30 dans les transports), je réussis néanmoins à passer du temps avec Kate. Par contre, je vois nettement la différence avec d’autres collègues sans enfants, qui n’ont pas à refuser les réunions trop tot, trop tard, et qui bouclent tout dans les temps impartis. Ca n’est pas un fantasme, c’est une réalité. Mais certaines personnes considèreraient peut être que j’ai « déjà » un poste à responsabilité (je suis peut-être trop gloutonne professionnellement parlant, c’est aussi tout à fait possible 🙂 ).

      En revanche, je sais que cet équilibre que j’ai aujourd’hui, une promotion (particulièrement dans une autre entreprise) ne me le permettrait plus: j’ai fait mes calculs, j’ai également vu bon nombre de collègues dans cette situation, je ne tire pas de conclusions hâtives. On pense toujours qu’une déconnexion est possible, jusqu’au jour où on croule sous les mails et les urgences des big boss. 🙂

      Je pense en réalité que tout dépend du contexte: de ton secteur, de ton métier, de ton entreprise. La promotion qui m’était proposée n’aurait pas été compatible avec une vie de maman qui veut passer du temps avec ses enfants. Il existe très certainement (et fort heureusement) des entreprises qui le permettent. Dans ma profession, c’est malheureusement quasi impossible.

  • Reply Gali 10 septembre 2019 at 21 h 45 min

    oups, le billet date un peu mais cela m’a fait du bien de le lire 🙂

    un peu comme toi… grande école, donc promise à un avenir radieux, c’est à dire dans un beau bureau aseptisé avec baie vitrée et plein de responsabilités, un 140%.

    mon img de l’automne dernier a fait voler en éclats la façade de working girl derrière laquelle je me planquais, même après la naissance de mon fils (3 ans auj)
    je ne bosse qu’à 60% – j’aimerais un 4/5e quand même, financièrement c’est plus confortable – et plus question de me remettre à temps complet.
    parce que j’ai une vie à côté, que les mercredis et vendredis après midis avec mon fils sont plus importants qu’une réunion vide de sens au bureau.

    je sais bien que le monde de l’entreprise confond encore productivité et temps de travail, car je suis plus efficace qu’avant depuis que je bosse à temps partiel, et malgré tout, je resterai à mon poste confortable de petite responsable en com’, exécutant des ordres parfois sans aucun intérêt, mais vous savez quoi? le temps passé avec ma famille n’a pas de prix. le temps que je me consacre non plus.

    alors Urbanie, j’aurais fait le même choix que toi. je serais aussi allée à tous les entretiens, j’aurais joué le jeu jusqu’au bout pour voir si cela en vaut la peine.

    je vis en Suisse alémanique, et beaucoup de mamans non suisses sont à temps plein, des cadres haut placées et qui gagnent très, très bien leur vie. et ont pour s’occuper de leur progéniture des baby sitters. elles sont souvent en déplacement, inscrivent leurs enfants à toutes les activités possibles et imaginables, ont des femmes de ménage, se font livrer à domicile, cuisinent du surgelé pour beaucoup aussi – je n’exagère pas. conserver leur statut est une lutte permanente et elles le savent, cela demande beaucoup plus d’efforts qu’un homme. elles sont souvent fatiguées, agacées, menant de front plusieurs batailles. c’est le type de vie que je pensais adopter un jour par défaut, et finalement, ce n’est pas la vie dont je rêve.

    d’un autre côté, on trouve des mamans qui ont amèrement dû renoncer à une activité professionnelle car impossible de concilier vie pro et vie familiale. et qui se sont consacrées à leurs enfants. je ne les envie pas non plus…

    et il y a celles qui ont renoncé aux enfants pour ne pas être coupées dans leur ascension professionnelle, ont donné corps et âme au travail, et qui une fois au sommet, regrettent leur choix.

    en tant que femme, nous ne pouvons malheureusement pas tout avoir, et la situation n’est pas prête de changer. n’en déplaise aux pseudo influenceuses des réseaux sociaux.

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