Deuil périnatal Je raconte ma vie

Le corps après un deuil périnatal

19 février 2018

Quand on parle de deuil périnatal, on parle essentiellement de nos sentiments, de ce que nous éprouvons face à ce vide immense qui s’installe. Paradoxalement, la question du corps est très peu abordée. Ce corps qui a porté l’enfant, ce corps qui a pourtant été meurtri par des manipulations, des soins, des perfusions, un accouchement, une hospitalisation. Ce corps qui a subi échographies, IRM, piqures, péridurale et parfois traitement avec effets secondaires importants. Ce corps qui devient, au final, le grand oublié de l’histoire.

C’est pourquoi j’aimerais t’en parler aujourd’hui, te parler de moi, et de mon rapport à ce corps qui a tant souffert et que je ne reconnais plus tout à fait. Parce que je me rends compte à quel point j’ai pu l’oublier ces derniers mois. A quel point il a été mis à rude épreuve, transformé par des prises de poids au grès de 3 grossesses déjà très éprouvantes, et des moments – littéralement- douloureux.

Pour ma première fille, je n’avais bizarrement pas ressenti le besoin de trop me préoccuper de lui. J’étais anéantie, mais ma récupération mentale est surtout passée par l’envie de prendre soin de moi psychologiquement.

Or je sens cette fois-ci que cela ne suffira pas, que cela ne suffira plus.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai pas encore décidé de reprendre le travail: mon corps n’est pas prêt. Ce n’est pas qu’une question de kilos à perdre, d’ailleurs. Je sens qu’il me dit « stop », et qu’il va falloir que je fasse un peu la paix avec lui. Mon corps a mal, mon corps est fatigué.

J’envisage du coup de me mettre au yoga, ou de tenter la relaxation, je ne sais pas trop ce que je vais choisir au final. J’essaie de sortir de ma tanière pour marcher, prendre l’air, de rester active physiquement pour me « remettre dans le bain ». Je prends le temps d’appliquer mes soins consciencieusement, de me masser, pour me réconcilier avec lui. Mais je ressens, plus que jamais, le besoin de me bichonner physiquement, pour me remettre sur pieds.

Alors que je pourrais le détester de m’avoir fait vivre « ça » une seconde fois, alors que je devrais lui en vouloir de m’avoir attribué une saloperie de mutation à la loterie génétique. Mais j’ai décidé que lui et moi, on se devait d’être copains avant tout. Condition indispensable si nous désirons un jour tenter d’avoir un bébé à nouveau (je vous reparlerai de ce dernier détail dans quelques temps, parce que dans notre cas, nous allons devoir sortir des sentiers battus si vous me pardonnez l’expression, pour espérer concevoir à nouveau. Disons que je vais suivre les états généraux sur la bioéthique avec un intérêt non dissimulé dans les mois qui viennent).

Parce qu’il m’est inconcevable d’envisager de porter à nouveau la vie si je ne suis pas amie avec moi-même.

Et vous, quel est votre rapport à votre corps? Toujours copains? Ou vraiment fâchés?

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13 Comments

  • Reply Maloutif 19 février 2018 at 12 h 28 min

    Prends bien soin de toi, et de ce corps, qui, je pense, est carrément ton meilleur ami!
    Le traiter comme tel n’est pas toujours évident, mais nécessaire sinon veut un peu durer sur cette planète!

    • Reply Urbanie 19 février 2018 at 15 h 09 min

      Je suis bien d’accord! 🙂

  • Reply Die Franzoesin 19 février 2018 at 14 h 37 min

    Ni l’un ni l’autre mais après deux grossesses compliquées un peu bof quand même. Depuis quelques semaines j’ai commencé le Pilates et ça me fait beaucoup de bien. C’est peut-être une idée aussi pour toi ?

    • Reply Urbanie 19 février 2018 at 15 h 08 min

      Le pilates c’est quoi au juste? J’en ai beaucoup entendu parler mais je crois que je n’ai jamais saisi le concept. :/

      • Reply Camomille 20 février 2018 at 13 h 14 min

        C’est une gym toute douce, qui se rapproche un peu du yoga. Je te conseille aussi de l’essayer vu ce que tu écris !

  • Reply Nouvelle Mamange 19 février 2018 at 15 h 52 min

    Hello 🙂 Après une grossesse alitée, un allaitement pendant 9 mois et une IMG fin janvier, j’ai l’impression de n’avoir pas eu mon corps pour mois depuis deux ans… ça me paraît long…
    Après l’accouchement de mon second, j’ai subis un curetage et dans le bloc opératoire apres la péridurale on m’a demandé pour rire ce que je voulais boire et j’ai dit une vodka redbull !!! J’avais envie de passer quelques heures en discothèque, m’enivrer d’électro et de cocktails. Aujourd’hui j’essaye de faire le deuil de mon fils et voir mon corps encore marqué par cette deuxième grossesse qui m’a faite mamange me dérange. J’ai enterré mon fils il y a une semaine à peine et déjà je rêve d’un corps de jeune fille, je voudrais retrouver ma féminité et une forme d’insouciance.. Je voudrais reprendre une vie saine pour m’aimer davantage, m’aimer en maillot et en tenues fluides pour l’été, préparer le retour à la vie et profiter avant de qui sait, recommencer.
    Deux jours apres mon accouchement je suis allée me faire masser, la semaine d’après rebelotte, je me suis fait les ongles, nouvelle coupe, nouvelle couleur de cheveux, nouveau piercing… J’essaye de m’écouter, de renouer avec mes envies pour moi. Je reprendrais certainement le baby yoga avec ma fille et reve de reprendre mon permis gros cube, de faire immatriculé ma moto et d’aller rouler lorsqu’il fera plus doux… je veux renouer avec mon mari pour retrouver notre complicité.. Profiter seule et entourée de chaque petit bonheur.
    Ça prendra du temps mais je voudrais continuer à m’apprivoiser. C’est normal de s’en vouloir, mais avec du temps et du travail, l’on peut se pardonner pour accepter et apprendre vivre avec. Je veux y croire. Et je te souhaite, vous souhaite de tout mon coeur de réussir dans un nouveau parcours et de pouvoir profiter pleinement d’une nouvelle grossesse, sans doutes, sans rien d’autre que du bonheur et un petit bébé en pleine forme à la clé.

  • Reply Julia 19 février 2018 at 16 h 27 min

    Pendant toutes les étapes et examens qui nous ont finalement conduit à l IMG j’ai souvent eu l’impression, et en soi c’est pas faux,de ne pas être le patient concerné. Car finalement le patient c était ma fille,sauf que pour l atteindre il fallait passer par moi… tout ça a fait qu’à des moments j’ai eu vraiment l’impression d’une déconnexion entre mon esprit et mon corps. Difficile à expliquer mais c’était vraiment mon ressenti.Et puis depuis quelques semaines j’ai décidé de faire la paix avec mon corps, a 31 ans il était peut être temps.. Il m’est même arrivé de parler à mon utérus (!!!) pour lui dire qu’on aller y arriver ensemble a redonner la vie, je l’espère , d’ici quelques temps… Ce qui m aidé je pense aussi c’est que pour mon 1er enfant j’avais eu une césarienne en urgence qui c’était mal passée et que j’avais mis du temps à digérer. Pour laisser partir ma fille j’ai pu accoucher par voie basse,ce que j’avais tjs souhaite depuis la naissance traumatisante de mon fils. Et finalement dans tout ce malheur j’arrive presque a me dire qu c’est un beau cadeau qu’elle m’a fait cet accouchement par voie basse car ça m’a aidée à me reconnecter avec mon corps… dans la douleur mais quand même..

  • Reply Virginie Neleditesapersonne 19 février 2018 at 17 h 16 min

    Je comprend que cela puisse être super compliqué, déjà qu’après 2 grossesses on est pas vraiment copains; lui et moi … J’ai recommencé la danse (et j’en ai grave chi*** au début) mais maintenant je suis vraiment contente de l’avoir fait. Je complète avec un cours de barre à terre et des abdos de Gasquet, sorte de yoga très doux qui permet de se refaire les abdos sans faire de mal ni au dos, ni au périnée. J’ai mis du temps à trouver ces cours mais ils me font vraiment du bien et je les trouve beaucoup plus respectueux que des cours de gym ou pilates qui ont toujours été pour moi contre-productifs (j’avais le dos encore plus en vrac après). Là j’ai la sensation de me remettre à l’endroit et de me déplier ! Je te souhaite en tout cas de prendre bien soin de ce corps qui doit être notre allié même si parfois on l’oublie …

  • Reply Vanity of our Lives 19 février 2018 at 18 h 21 min

    Prends soin de toi, repose toi ! Le travail tu reprendras quand tu te sentiras prête.
    Pour réapprendre à être ami avec ton corps, essaie le Pilates ou la Sophrologie..
    Je pense bien à toi

  • Reply Lulu 20 février 2018 at 19 h 34 min

    Bonjour,

    Tout d’abord, je suis désolée pour toi, pour vous, de ce que vous traversez de nouveau.
    Quand je te lis, je repense aux douleurs psychologiques et physiques ressenties depuis la grossesse ultra-medicalisée et le décès de mon fils il y a deux ans. Le corps garde des marques plus ou moins définitives des épreuves vécues. A partir du moment où tu le laisses un peu parler, tu vois à quel point il a « absorbé » tes émotions. J’ai testé beaucoup de choses dans le but d’atténuer les douleurs chroniques intenses du dos qui se sont ajoutées au drame( psychothérapie, hypnose, yoga, acupuncture , sport, kinesiologue, thalasso) . Certaines ont aidé et d’autres étaient sans effet, impossibles car je n’arrivais pas à lâcher prise(après des mois de travail sur le sujet, j’ai mieux compris sur quoi je restais bloquée), d’autres ont été complémentaires. Je pourrais t’en parler plus si tu le souhaites mais je pense que cela dépend vraiment de chaque personne. Ta personnalité et tes goûts vont jouer (être touché lors d’un massage, aimer méditer et s’ouvrir au yoga…) mais cela dépendra aussi de ton envie (fluctuante) de lâcher prise, de te faire du bien, de repenser à tous ces moments douloureux, de mettre des mots sur le vécu.
    Parfois, les professionnels bienveillants( sage femme, kine) ont aidé en reconnaissant l’existence et l’intensité de ces problèmes physiques (et ça fait tellement de bien !)
    Bref, n’hésites pas à essayer des choses qui te feront du bien. Rien que le fait de se poser la question (et de trouver des éléments de réponse
    personnels)est un début de restauration de l’image de soi.
    Petit à petit, tout doucement…

    Plein de courage et en espérant ne pas t’avoir trop gonfée avec mon commentaire

    • Reply coco 6 mars 2018 at 13 h 45 min

      bonjour,

      est-il possible d’échanger ensemble ?

  • Reply Virg 25 février 2018 at 23 h 50 min

    Le rapport au corps me semble essentiel, on oublie souvent qu’il n’est pas possible d’être bien dans sa tête si on n’est pas bien dans son corps. Loin de moi l’idée de comparer nos expériences, j’ai pour ma part l’impression d’avoir été enceinte de février 2016 à avril 2017, en passant par la case tentative d’expulsion médicamenteuse d’un oeuf clair à 3,5 mois de grossesse (autrement appelée une nuit en enfer à l’hôpital) qui s’est malheureusement finit par un curetage (mon corps n’était visiblement pas d’accord pour l’expulser après avoir poursuivi tout bien son travail jusque là même pour un oeuf clair), retombée enceinte dans la foulée et enfin césarienne.
    Je suis passée par une phase d’intense fatigue après la naissance de notre princesse mais mon mari a a-su-ré. En fait, j’ai passé un deal avec mon corps : pas de régime, pas d’exercice physique de fou avant les un an de ma fille. Là, on refera un point 🙂
    C’est dans 2 mois, je n’ai absolument rien fait pour maigrir ou je ne sais quoi. Pourtant, j’ai perdu tous mes kilos de grossesse (17kg). J’ai viré mes anciens vêtements et je rachète petit à petit parce que j’ai envie de changement.
    Tu sais ce qui me fait le plus envie finalement ? Pour moi, le combo gagnant sera zumba pour me défouler et ti shi pour me recentrer, refaire connaissance avec les limites de mon corps et me sentir bien.
    Je n’ai jamais accroché avec le yoga ou la soffrologie, je m’y ennuie. Le ti shi me correspon mieux. Peut-être devrais- tu essayer plusieurs choses : le jour où tu sors d’un cours « apaisée » t’as trouvé !

  • Reply Elodie 8 juin 2018 at 13 h 31 min

    Bonjour, J’admire votre volonté et votre élan de vie. C’est nul ce que j’écris mais je sors d’une IMG, complètement abasourdie et c’est un article qui me fait beaucoup de bien. Après les examens où l’on prend sur soi, les tentatives d’être le plus forte et digne possible dans des moments insupportables et les complications qui arrivent j’ai l’impression que mon corps me lâche. On est clairement plus très amis. Je me dis que je gèrerais mieux mes émotions si j’avais retrouvé la forme. Mais vous avez raison, lui et moi on fait comme on peut. Il faut peut-être littéralement se regarder le nombril pour ne plus se focaliser sur ce ventre vide ( j’ai fait bac L aussi tavu?) Merci pour ces articles, ils nous aident, vraiment.

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