La question de l’anonymat sur internet

Je n’ai pas été tout à fait honnête avec toi: si je n’ai pas écrit la semaine passée, c’est aussi parce que je me suis posée plein de questions sur mon identité sur internet. Il se trouve qu’au boulot, j’ai eu récemment la grande chance de faire un coaching avec une spécialiste des réseaux sociaux, qui m’a aidée à analyser ma présence et ma visibilité en ligne. Et on va le dire clairement: niveau cohérence, c’est pas vraiment ça, j’ai même de sacrés efforts à faire.

Je cumule les pseudos, les faux noms, et les surnoms. Mon objectif à l’origine était simple: je voulais me protéger numériquement parlant. Pouvoir poster un statut Facebook après 4 margharitas le samedi soir sans que cela ne me retombe dessus à la réunion de 9h00 du lundi matin.

J’avoue que j’ai parfois la crainte de ne pas assumer dans 10 ans d’avoir raconté ma vie en long en large et en travers sur le net. Je sais pas, dans 10 ans je serai peut-être amenée à occuper un poste à forte visibilité, comme présidente de l’univers manager d’une équipe: est-ce que j’ai envie que mes N-1 aillent lire les histoires trépidantes de mes capitons? Pas sure.

Et puis, sans forcément faire de plans ambitieux sur l’avenir, je pense aussi à aujourd’hui. Je travaille dans un très grand groupe. M’exposer comme je le fais peut un jour être utilisé contre moi. Il faut dire que j’ai un sacré passif:  le collègue jaloux et qui te cherche des noises: j’ai eu (parce que je gagnais un meilleur salaire que lui), et c’est plus que pénible.

(By the way, petit aparté: on est en 2014, pour une fois qu’une femme est mieux payée qu’un homme, s’agirait peut-être de ravaler son machisme et d’accepter que les choses changent. Mais là dessus, il y’a encore hélas beaucoup trop de travail à accomplir).

Une petite anecdote à ce sujet: ce collègue était donc absolument obsédé par mon salaire. Petit à petit, il a finit par essayer de trouver des choses qui pourraient se retourner contre moi dans ma vie personnelle. Il a donc cherché sans se décourager à avoir des détails sur mon mariage (oui, parce que je te la fais courte, mais le prix que tu mets dans ton mariage peut ensuite être utilisé comme argument, du style « haaaan t’as vu, elle est RICHE »). Là où ça m’a beaucoup fait rire, c’est que je bloguais à l’époque sur « mon mariage à gros budget » pour Mademoiselle Dentelle. Et ça il ne l’a jamais su! Justement parce que mon pseudo me protégeait. Cela dit il l’aurait appris… et bien ça n’aurait pas changé grand chose. Il aurait été encore plus jaloux, voilà tout!

Mais cet incident  m’a permis de réaliser que parfois, se protéger n’est pas tout à fait inutile. Parce qu’on ne sait jamais qui on sera amené à côtoyer en milieu professionnel.

Cela dit, prenons maintenant un autre exemple positif de mes activités sur internet: bloguer pour Mademoiselle Dentelle m’a au contraire permis de trouver le job que j’ai aujourd’hui (pour lequel il fallait de bonnes capacités rédactionnelles), et ça, j’en suis extrêmement heureuse. Je me rends compte que cette expérience est aussi très recherchée: parce que bloguer, ce n’es pas seulement tenir un journal intime en ligne. En plus de créer son contenu, il faut aussi savoir se vendre: cela implique d’avoir une bonne connaissance des réseaux sociaux, de planifier ses articles pour éviter les temps morts, tenir une ligne éditoriale, se relire tout seul comme un grand, nouer des partenariats, copiner avec d’autres blogueuses pour se constituer un réseau. Bref, tenir un blog, c’est un sacré boulot, et mine de rien: c’est aussi très valorisant professionnellement parlant!

Donc j’ai mouliné, mouliné, mouliné… pour en arriver à la conclusion suivante: je ne peux pas empêcher les personnes mal intentionnées de se moquer ou de chercher à me nuire. Par contre, cela ne doit pas m’empêcher de vivre comme je l’entends, sinon, c’est que je laisse ces personnes gagner une partie de la bataille. Je vais donc opérer une petite refonte de mon identité (je te rassure, je resterai toujours Urbanie) très prochainement. Et assumer, tout bêtement!

11 Comments
  • Pititefleur
    décembre 3, 2014

    Je te remercie pour cet article que je trouve particulièrement intéressant.
    Je tenais un blog dans ma jeunesse (pas forcément très intéressant du point de vue du contenu) et j’avoue, à l’époque, je ne me posais pas vraiment de questions quant à mon identité en ligne.
    Maintenant, j’ai un travail et je souhaiterais vraiment reprendre cette passion de l’écriture en ligne, sauf que effectivement je me sens « menacée » dans mon anonymat.
    Mais comme tu dis il y a déjà tellement de moyens de nuire à quelqu’un en le voulant vraiment que finalement, s’en tenir à ses choix et sa ligne de conduite (ou éditoriale dans le cas du blog), c’est bien le plus important !!!
    Merci encore 😉

    • Urbanie
      décembre 4, 2014

      Merci pour ton commentaire!
      Oui, je me dis que, quand quelqu’un veut te nuire, il trouvera toujours un moyen de le faire, blog ou pas!

  • Mes petits secrets beauté
    décembre 3, 2014

    Bonne chance dans la refonte de ton identité !!

    Bonne journée
    Astrid

    • Urbanie
      décembre 4, 2014

      Merci!

  • Madame Sourire
    décembre 3, 2014

    Mais mais oui ! Un très bon article !
    Je rejoins forcément tes réflexions, même si je suis plus régulière sur mon identité numérique. En revanche, avec mon métier, si mon anonymat est brisée, c’est un peu la grosse loose aussi…
    Des bises :)

    • Urbanie
      décembre 4, 2014

      Tu as un devoir de réserve? Comme ça se passe dans ton cas?

  • Lou
    décembre 3, 2014

    Réflexion très intéressante que j’ai aussi eue il y a 2 mois… et je trouve que la réponse « anonymat ou pas » dépend beaucoup de l’usage que tu fais de ton blog (est-ce que tu exposes des choses qui sont préjudiciables si on découvre que c’est toi qui les écris, est-ce que tu as besoin d’une « bulle d’anonymat » pour te confier, etc). Au départ, j’ai aussi fait le choix de l’anonymat : pour écarter quelques « fouines » dans mon entourage, parce que j’ai déjà été harcelée sur Internet, parce que si j’abordais des sujets type mode/beauté je ne voulais pas forcément que ça se sache dans ma vie professionnelle… Et au final, j’ai réalisé comme toi que mon blog était plutôt une bonne chose en termes de « vitrine », je n’y aborde finalement que des sujets plutôt « sérieux » (web, sorties, livres & films) et que j’assume.

    Je trouve que la question n’est pas tant « Est-ce qu’il y a des gens à qui ça ne va pas plaire » (il y en a toujours !) mais plutôt « quelles conséquences ça a sur ta vie si des gens n’aiment pas ce que tu écris ». Par exemple, on peut être très affecté par un commentaire, même anonyme, qui touche à quelque chose qui nous tient à cœur… alors qu’une réflexion « dans la vie » par un collègue jaloux peut ne pas nous affecter.

    • Urbanie
      décembre 4, 2014

      Je suis assez d’accord avec ce que tu dis… j’ai évidemment peur de blesser des proches (surtout que je fais beaucoup d’autofiction, c’est à dire que je prends des trucs de la vie réelle que je malaxe jusqu’à leur donner une autre forme, donc au final ça n’est plus du tout vrai)… et sans avoir été harcelée, une nana a essayé de me traquer une fois, ça fait froid dans le dos. Je me dis surtout que si je m’empêche de vivre à cause de quelques personnes un peu dérangées, j’ai pas fini de me cacher, c’est surtout ça qui pousse ma réflexion. Et, vu que ces personnes essaient en général de te faire peur, se cacher leur donne quelque part raison… mais il est vrai que ce n’est pas évident du tout… je sais en revanche qu’il y’a des sujets que je ne pourrai jamais aborder sur ce blog, et ça me sert de fil rouge, de garde fou.

  • Manuela, La Bavarde
    décembre 4, 2014

    La question de l’anonymat est centrale lorsque l’on créé un blog. Enfin pour moi ça l’était.

    J’ai à un moment regretté d’avoir exposé mon ancien couple…forcément dur d’expliquer pourquoi plus de blog mariage sans dire que ton histoire s’est terminée.

    J’avoue que je suis toujours partagée aujourd’hui. J’ai écrit des choses sur mon actuel blog qui relève plus de l’intime, du coup je ne sais pas si j’assumerai devant un recruteur. En même temps, j’ai envie de valoriser ce boulot qui est colossal…Bref, to be continued ^^

    Au passage, je suis intéressée par les tips de la consultante réseaux sociaux que tu as rencontré !

    Bisous

  • Fleur
    décembre 7, 2014

    Je suis entièrement d’accord avec toi. Il me semble essentiel de me protéger par un pseudo. Etant RH, je ne peux pas me permettre de mélanger blog et vie professionnelle.

  • Melissa
    juillet 8, 2017

    Tout dépend l’approche et les objectifs d’un blog. Si tu l’envisages à but professionnel, alors il faudrait le rendre publique.

    Après, je comprends que certaines personnes préfèrent être discrètes. Mais de toute façon, aujourd’hui ,même avec un pseudo, on peut arriver à retracer des infos.

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