La maternité m’a t-elle rendue plus sage?

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Je ne sais pas si ça vous a déjà fait, mais il peut parfois m’arriver de sursauter quand j’apprends la grossesse d’une connaissance. Disons qu’il existe certaines personnes autour de moi pour qui je peux avoir beaucoup d’affection, mais que je n’imagine pas une seule seconde être maman. A qui je ne confierais même pas Kate pour un baby-sitting d’une heure. Ou de 5 minutes.

Trop peur de retrouver le chat au frigo, Kate devant Trotro à 23h passées, et la nana en bas de l’immeuble en train de fumer sa clope tranquillou.

Mais votre dévouée blogueuse étant elle même une trentenaire dans la force de l’âge, forcément, les annonces de grossesse commencent à se multiplier autour de moi.

 

Au départ, je ne voulais pas être maman, j’en avais déjà parlé sur Dans Ma Tribu il y’a quelques années de ça. Disons plutôt que, sans y être opposée fermement, devenir mère n’était pas un but en soi, pas pour moi. L’envie est venue quelques temps avant mon mariage: on était ensemble depuis 10 ans, cela devenait juste logique et naturel. Je précise que le désir d’enfant était bien présent à ce moment là: je ne suis pas devenue maman pour suivre une contrainte sociale d’aucune sorte (je n’ai jamais eu honte de dire haut et fort, quand j’étais plus jeune, que devenir mère un jour ne me faisait pas spécialement tripper. Vu l’investissement (matériel, émotionnel, physique) que devenir mère représente, je ne peux que soutenir celles qui n’en ont tout simplement pas envie).

 

Je crois que je craignais aussi de ne pas être prête: je ne suis pas d’une grande patience, je suis un vraie « intello » dans l’âme (je réfléchis à tout, j’analyse tout, ça peut parfois être un peu fatiguant pour mon entourage), et j’ai réellement besoin d’avoir mon « espace vital ». Je suis introvertie, ce qui veut donc dire que j’ai besoin, régulièrement, de me ressourcer. Aujourd’hui, je ne fais plus jamais pipi seule quand je suis à la maison, je vous laisse imaginer à quel point la maternité a bouleversé mon petit monde…

 

Et puis Kate a déboulé: ce qui m’a étonnée, c’est de me lever le lendemain de l’accouchement et de ne penser plus qu’à elle, de façon extrêmement naturelle. Elle était là, on était 3, c’était d’une évidence qui sur le moment m’a fait un peu peur.

Et moi dont la mère est décédée quand j’étais très (trop) jeune, moi qui ne m’étais jamais projetée mère, je me suis retrouvée immédiatement à accomplir des gestes qui me paraissaient naturels et presque familiers. Des gestes de soins, oui, mais pas seulement. Des gestes d’amour, des caresses et des murmures apaisants, des bribes de vieilles berceuses me revenant de façon hasardeuse en tête.

C’était: normal.

C’était: naturel.

Alors que j’étais persuadée de me coltiner une dépression post partum carabinée (rapport au fait que j’avais perdu un bébé avant Kate, rapport au fait que j’avais détesté ma grossesse), je n’ai même pas eu de baby blues. Moi qui voulais rester longtemps à la maternité « au cas où », je me suis surprise à rêver rentrer chez moi plus tôt que prévu.

Et donc, là où je veux en venir, c’est que la maternité est un tel bouleversement qu’il est compliqué de prédire quel parent on sera.

Maman poule? Maman cool? Bienveillant? Strict?

 

Sur la question de la sagesse, en revanche, j’ai l’impression d’être exactement la même personne qu’avant « deep down ». Ou plutôt, je vire schyzo assez rapidement.

Je ne donne qu’un mini bout de chocolat pour « gouter » parce que « c’est bon mais avec modération, hein Kate » (avant de m’enfiler le reste de la tablette en cachette dans la cuisine).

Je dépense des fortunes pour habiller ma fille correctement mais je me contente de mon « uniforme » quand je fais les magasins.

Je suis relativement impatiente (j’entends Jean-Mi rigoler) mais je peux la bercer 45mn sans sourciller parce qu’elle a du mal à s’endormir.

Vous voyez le genre quoi.

 

Donc être mère ne m’a pas rendue plus sage: mais je me rends compte, en le vivant, qu’il y’avait une maman poule qui sommeillait quelque part, bien planquée, et que l’arrivée de Kate dans nos vie a simplement suffi à activer cette personnalité cachée. Quand je vous le disais, que je devenais schyzo. 😉

 

6 Comments
  • Picou
    juin 2, 2017

    Je crois que tu as bien raison…on ne découvre quelle mère on sera, qu’en l’étant. Et encore, ça évolue avec le temps! Ce n’est pas parce qu’une femme ne semble pas avoir l’instinct maternel, qu’elle ne l’aura pas! (et l’inverse aussi, certaines ont une vision tellement idéalisée d’un enfant, qu’après l’avoir eu, elles s’étiolent et ne s’épanouissent pas…ça arrive aussi). Un enfant peut être un excellent révélateur de ce qu’on a de meilleur en soit…car il s’agit sans doute du plus grand sacrifice, mettre une partie de sa vie en sourdine, pour la suspendre à celle d’une personne qu’on aide à se construire…pas de plus beau défi pour moi, mais comme toi, je crois qu’on est pas obligées de toutes passer par là pour s’épanouir. Seulement, même si ça ne paraît pas évident au départ, il faut toujours laisser aux mères le bénéfice du doute…

  • Justine
    juin 2, 2017

    Et bien, chez moi la maternité a révélé que finalement, je ne suis pas faite pour être mère au foyer !! j’ai aussi trop besoin de libertés, de divertissement et d’épanouissement pour être heureuse. Alors que je pensais que m’occuper de ma fille serait vraiment trop trop merveilleux !

  • Lise
    juin 2, 2017

    Comme cet article me rassure… Je me retrouve beaucoup dans ta description de toi-même, et le désir d’enfant qui commençait à me travailler l’an dernier (pas convention sociale je pense) est retombé comme un soufflet à l’annonce de la grossesse de ma meilleure amie. D’un coup ça devenait concret et ça faisait peur. Je suis certaine d’être capable de m’occuper d’un bébé, mais persuadée que je vais détester la grossesse, et pas forcément apprécier être mère. Je me dis que peut être on change le moment venu, que les hormones rendent ça évident. Alors ça me rassure de voir que, sans être particulièrement excitée à l’idée de faire des enfants, on peut quand même y trouver le bonheur :)

  • Maman Sur Le Fil
    juin 2, 2017

    Oui, je crois que nous avons toutes en nous la femme et la maman… Et elles ne sont pas toujours si semblables qu’il n’y parait… Pas toujours facile de les faire cohabiter et exister ces deux personnes d’ailleurs !

    Nous sommes toutes un peu schyzo à notre manière je crois…

    Bonne soirée

  • Caroline
    juin 2, 2017

    Merci ! Je suis actuellement enceinte, et bien que j’adore ça, je me suis un peu retrouvée dans ton portrait…Introvertie, pas vraiment la fibre maternelle jusqu’à ce que le désir d’enfant apparaisse assez récemment…

    Je sais que chaque grossesse et chaque femme est différente, mais cela me rassure que voir que quelqu’un qui me ressemble vive sa vie de nouvelle maman aussi naturellement, de manière si évidente ! J’ai un peu peur d’être une mère froide et militaire ne sachant pas ce qu’elle fait, mais ton expérience et ton ressenti font du bien et me donnent confiance (un peu) !

  • Emilie
    juin 3, 2017

    Ton histoire me parle. Moi des enfants c’était clair je n’en voulais pas, je n’en n’aurais pas, je le disais à qui voulait l’entendre.
    Et puis pourtant un jour je me lance sans trop savoir pourquoi. Et la grossesse tourne court. Et le désir de recommencer n’est pas là.
    Je décide de consulter une psychologue pour y voir clair, comprendre et être sûre de ne pas regretter un jour de ne pas avoir eu d’enfant.
    4 ans plus tard LA séance de dingue, celle de la révélation.
    Je rentre, je dis à mon mari c’est bon je suis prête :)
    Le lendemain il était conçu !!!
    C’était le début de la plus incroyable surprise de ma vie. La maternité m’a fait grandir et découvrir une facette insoupçonnée de moi. Je suis dingue et époustouflée par la force de ce sentiment qui m’a saisie deux jours après sa naissance pour ne plus me quitter.
    Avec 6 ans de recul je me dis que j’aurais pu sans problème ne jamais avoir d’enfant mais que sans le savoir je serais passée à côté d’une expérience humaine fantastique.

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