Je suis la meuf que les célibataires adorent détester

Ce billet va être un peu décousu, et c’est sans doute la faute aux hormones, au vomi, ou à ma dernière cystite (je partage tout avec vous, vous ne m’en voudrez pas, hein!). Mais voilà, je réfléchissais récemment au nombre de fois où on m’a demandé : » comment tu fais pour être en couple depuis si longtemps? » (sous-entendu: « sans avoir l’air de te faire royalement chier »).

Parce que je suis un peu un gros stéréotype: je suis la meuf que les célibataires endurcis adorent détester.

Non, c’est vrai. je vous vois ricaner derrière votre écran, mais le problème, c’est que je vous raconte la vérité vraie.

J’ai rencontré mon Jean-Mi quand j’avais 17 ans. On est sortis ensemble deux ans plus tard. On s’est mariés le jour de nos 10 ans. Il est mon premier et mon seul amour à ce jour. Je ne suis jamais retombée amoureuse depuis lui.

Le pire?

On est heureux ensemble. Mais genre, vraiment heureux. Pas comme ces couples qui se font des sourires dans les diners en ville, avant de s’ignorer froidement dans la voiture du retour.

Jean-Mi, c’est mon meilleur ami, en plus de mon mari. Il n’est pas que l’un (sinon on serait juste colocataires) ni que l’autre (sinon, notre couple ne durerait pas depuis aussi longtemps). On est un savant mélange des deux.

On se regarde encore avec un air niais, parfois. Je ris à ses blagues, même (et surtout) celles que les autres ne comprennent pas. Il se marre à chaque fois qu’il m’entend inventer une berceuse pour le chat. J’aime ses défauts autant qu’il aime les miens (même s’il se défend de les aimer: si je ne laissais plus l’étiquette du pot de yaourt à côté de la poubelle, ce ne serait plus vraiment moi.)

Comment on fait? Je n’en ai aucune idée. Vraiment pas, désolée.

Si je trouve la formule magique demain pour être heureux en amour, promis, je vous la livre (et je deviens riiiiiiche, youpi!).

chats-couple-urbanie

« Jean-Mi? » – « Ouais Urbanie? » – « Je t’aime gros comme un paquet de croquettes au poulet »

Donc voilà, je suis bêtement, simplement, méga énervante. Je le sais, je m’en rends compte hein.

J’ai perdu des copines à cause de ça. Des nanas qui avaient abandonné l’idée que le bonheur à deux puisse exister, puisqu’elles n’arrivaient pas à trouver la bonne personne. Donc qui m’en voulaient, ou qui cherchaient la petite bête. (« Mais vous couchez toujours ensemble? »; « Mais vous vous engueulez des fois, RASSURE MOI! »). Le genre de fille qui te sors toujours que « l’amour c’est nul, les mecs, c’est tous des connards, le couple c’est juste de l’ennui en barre ». Mais qui, à force de le répéter pour se donner du courage (du moins les premiers temps), finit par s’enfermer dans son propre personnage. Bon, ben je suis désolée de le dire, je vais faire ma tata morale:  ce genre de personnage fait rarement envie, y compris aux mecs d’ailleurs.

Ce que les autres ne voient pas, ces filles un peu perdues, comme le reste du monde en général, c’est que la vie à deux est un ensemble. Rien n’est jamais tout rose et parfait. Ni tout nul et pourri.

Mon Jean-Mi et moi, on a bossé dur pour être heureux comme ça. Enfin, « bosser » n’est sans doute pas le bon mot, ça donne l’impression que construire un couple, c’est quelque chose de chiant et pénible. Mais, comme le disait grosso-modo Confucius, quand tu trouves un travail que tu aimes, tu n’as jamais l’impression d’aller travailler.

Ben avec Jean-Mi, c’est sans doute la raison pour laquelle tout a sans doute l’air très facile, vu de l’extérieur. On travaille à notre relation, jour après jour, mais avec le sourire.

Pourtant, ne vous y trompez pas: 12 ans ensemble, cela signifie qu’on en a vu passer des trucs. Des beaux, des superbe, des un peu moches, des horriblement difficiles.

On a été séparés 4 ans pendant nos études, dans deux villes différentes. Puis encore 8 mois dans deux pays différents.

On a fait un enfant. On a perdu cet enfant. On essaie d’en avoir un second. On est pas encore tout à fait surs que cette fois-ci, ça marchera pour de bon.

On a eu des histoires de famille, des soucis de chômage, des moments de doute. On aura encore d’autres moments difficiles, c’est normal, la vie est rarement un long fleuve tranquille.

Bref, dans le fond, on est un couple incroyablement banal. On se séparera peut-être un jour, d’ailleurs.

Mais on travaille ensemble, mais dans la main, à être heureux tous les deux.

Quand nous avons perdu notre fille l’année dernière, je me souviens m’être dit que s’il y’avait bien UNE personne sur terre avec laquelle j’étais prête à affronter ça, c’était avec lui. Et personne d’autre. C’est à ce moment là je crois que j’ai réalisé qu’il était réellement l’homme de ma vie. Au bout de 11 ans de relation, il a fallu un drame à ce point terrible pour que je sois sure d’avoir fait le bon choix en l’épousant.

Oh, je me doutais déjà qu’il était la bonne personne, il y’a des éléments qui ne trompent pas. Le simple fait d’être encore très amoureuse de lui après tout ce temps était déjà un joli indice en soi. Mais si j’ai bien appris une chose en ces temps troubles, c’est que ce n’est pas dans les moments heureux, mais dans les drames, que l’on sait si on a trouvé sa moitié. C’est facile d’être ensemble à deux quand le ciel est tout bleu, c’est une toute autre autre paire de manches lorsque l’orage commence à gronder.

Voilà, c’est cette réalité là, dont on ne parle sans doute pas assez, qui signe un couple heureux. Ne croyez-pas que les couples heureux autour de vous ont simplement de la « chance »: oui, il en faut, ne serait-ce que pour faire la bonne rencontre. Mais la chance ne suffit jamais.

Ne soyez pas en colère contre eux de façon irraisonnée, ils ne le méritent pas. Quand je vois un couple heureux aujourd’hui, je ne me dis plus: « han, comment ils ont trop eu du bol, les bâtards ». Non, je me dis « je sais qu’ils en ont chié, et je les respecte d’arriver à s’aimer encore autant ». Chaque couple que je croise m’inspire, pour continuer à construire le mien.

 

20 Comments
  • Pivoiline
    mars 24, 2015

    Ton article chamalow du jour me donne le sourire !
    Et il me fait aussi prendre conscience que l’Homme et moi on en a chié aussi tous les deux, mais qu’on est vraiment bien ensemble !
    Longue vie a vous ! 😀

  • Urbanie
    mars 24, 2015

    Merci!
    Ah les hormones… 😉

  • Mrs Smith
    mars 24, 2015

    C’est si joliment ecrit! Eh bien moi quand j’etais celibataire (pas si endurcie que ca mais quand meme :)) j’adorais rencontrer des couples qui etaient heureux – le bonheur ca se partage et cela me confortait dans l’idee que cela puisse exister, et durer. Aujourd’hui mariee et tres heureuse de l’etre je plussoie ce post – l’amour ca se construit avec le temps et s’appliquant sur les fondations & les travaux finis, meme si on a tous besoin d’un coup de pouce de la chance pour rencontrer la bonne personne!

    • Urbanie
      mars 24, 2015

      Merci pour ton joli témoignage! :)

  • Pititefleur
    mars 24, 2015

    J’ai souris plein de fois en lisant ton article !
    Mon chéri n’est pas mon premier amour, mais j’ai eu une histoire compliquée avant lui et c’est lui qui me l’a fait oublier et cicatriser.
    On a eu des moments difficiles tous les deux et je sais aussi que c’est ce qui nous rapproche encore plus ! On peut compter l’un sur l’autre et c’est aussi pour ça que je l’épouse. Alors oui, on s’engueule parfois, on se fait la tête et tout n’est pas rose mais finalement est ce que cela ne serait pas ennuyeux si c’était le cas :)

    • Urbanie
      mars 24, 2015

      Oui, en fait le pb ce n’est pas tant de traverser des crises, ou de se disputer de temps à autres (quel couple ne le fait pas?), c’est de surmonter tout ça à deux. Si les crises vous rapprochent, alors tout roule. :)

  • Med
    mars 24, 2015

    mais la grande question que tu effleures mais que finalement tu éludes : comment va ta cystite ? Bon, je sors…

    • Urbanie
      mars 24, 2015

      Il faut savoir garder un peu de mystère! 😀

  • eva
    mars 24, 2015

    c’est un très beau billet (j’étais proche de la larmiche ;-)) et rassurant en plus, ça fait du bien de voir qu’il y a des couples qui durent sans y être forcés, toujours amoureux, dans les bons moments comme dans les mauvais, ça montre que c’est possible! on est tellement entourés de couples qui se déchirent et d’histoires sordides de divorce, parfois ça fait penser que les histoires d’amour ne sont pas faites pour durer…

    • Urbanie
      mars 25, 2015

      Merci Eva!

      Je ne sais pas si toutes les histoires d’amour sont forcément faites pour durer; mais je suis persuadée qu’on peut travailler à les rendre les plus jolies possible, le temps qu’elles dureront.

  • alixlam
    mars 24, 2015

    J’ai souri en lisant ton article car moi aussi je suis la meuf que les célibataires aiment détester avec 10 ans de plus. J’ai 40 ans, j’ai rencontré mon Jean-Mi à moi en seconde, 23 ans et deux enfants après tout va toujours bien ;-))

    • Urbanie
      mars 25, 2015

      Ah tu es donc mon modèle à moi! :)

  • Coralie
    avril 3, 2015

    C’est beau ! Très émouvant et positif. Moi j’ai été déçue par la vie de ce côté-là avec mon divorce après huit ans ensemble et trois ans de mariage et un bébé… J’aurais adoré pouvoir écrire ce que tu écris, c’est ce que je voyais arriver. Mais ça ne n’est pas passé comme ça. Par contre je me reconnais dans ton article car j’ai été sereine, et je n’ai aucune haine à ce propos, ni sentiment d’apitoiement. Je ne suis pas devenue cynique sur le couple. J’ai adoré ce couple le temps qu’il a duré et du coup j’ai réussi mon divorce 😀 Et j’aime mon couple de maintenant depuis 4 ans. C’est vraiment un chouette texte, je crois que je vais le faire lire à mon mec (il sait déjà que je suis cul-cul en dépit de tout)

    • Urbanie
      avril 3, 2015

      Comme je le disais dans les commentaires d’un autre article les personnes qui traversent une rupture traversent des phases quasi similaires à celles des personnes qui vivent un deuil! Donc c’est hyper positif que tu aies réussi à traverser cela en tirant un bilan « positif », même si sur le moment, cela a du être extrêmement dur à vivre. Bravo!

  • Guillaume
    avril 17, 2015

    Salut Urbanie !

    Mon épouse m’a transmis le lien de ton article, en disant « lis ça, on dirait nous! » Alors j’ai lu.
    Et j’ai l’impression que tu racontes notre vie !!

    Elle avait aussi 17 ans quand on s’est rencontrés, on s’est aussi mariés à 10 ans de vie de couple, on a aussi vécu de longs moments séparés par la distance des études…. et surtout, on a aussi traversé des épreuves mais on est, aujourd’hui, encore autant amoureux « voire plus » qu’aux premiers jours !!

    Et je suis tout à fait d’accord quand tu parles de « travailler » sa relation, car il faut bien de la volonté et de l’énergie pour trouver un mode de vie qui convient aux deux et où les erreurs de communications et les blessures involontaires sont gérées de manière constructive.

    Pour moi le maître mot est, et a toujours été : communication.

    On en a aussi bavé, on est passé par plusieurs phases de relation, et si aujourd’hui on n’est plus « aveuglés » par l’amour comme par l’étincelle du premier baiser, on est très proches et notre relation est super riche. Entre amis et amants, confidents et colocataires….

    Aujourd’hui elle a le ventre rond comme un ballon ! Alors on prépare impatiemment la suite de l’aventure de la vie à deux qui va bientôt devenir la vie de famille ! Notre première fois.
    On n’est pas encore prêt, mais on est paré à tout puisqu’on est deux moitiés.

    Bonne chance à ceux qui cherchent encore leur moitiés.
    Bon courage à ceux qui peinent à trouver la « bonne entente » au quotidien.
    Bravo à ceux qui l’ont trouvé !! Profitons-en. De toute façon c’est un travail qui n’est jamais terminé…

    Guillaume

    • Urbanie
      avril 17, 2015

      Merci pour ce très joli témoignage! :)

  • Virginie
    juin 3, 2015

    C’est tout nous ça ! sauf que nous n’avons pas été le premier amour de l’autre, notre grand regret. On s’est rencontré à 19/20ans, 14 ans que ça dure, on en a chié grave mais on a aussi eu des moments merveilleux ! ça se construit chaque jour, par la communication, par les gestes, les petits mots et les grands maux et surtout le respect de l’autre comme étant une personne à part entière. Je ne suis pas jalouse et je ne me demande jamais si je pourrais compter sur lui ou pas en cas de galère, je le sais car je lui fais intégralement confiance. C’est tout !

    • Urbanie
      juin 11, 2015

      Si cela peut te rassurer, je ne suis pas son premier amour à lui non plus, mais je sais que je suis celle qui compte, et c’est bien là le principal! Je suis toujours ravie de lire des témoignages de couples de longue durée heureux d’être ensemble. :)

  • Etoile
    août 4, 2015

    Coucou Urbanie, je viens de lire ton super article ! Lorsque tu dis que tu as perdu des copines, cela me fait vraiment écho. Pourtant j’ai rencontré mon mari un peu plus tard, à la fin de mes études… Mes relations se sont dégradées avec mes deux amies les plus proches lorsque nous avons décidé de nous marier. L’une en plein divorce, l’autre désespérément seule, sachant que ce sont des amis de très longues dates (depuis nos 12 ans). EVJF très limite, comportement limite aussi le jour du mariage (manque d’investissement, peu souriantes)… Au jour d’aujourd’hui, je n’ai plus de nouvelles de mon amie (si on peut encore l’appeler une amie) qui a divorcé depuis notre mariage… et je n’ai jamais su pourquoi en fait ! Pour l’autre, on continue de se voir mais j’ai pris de la distance. Les vrais amis sont aussi ceux qui savent se réjouir dans des moments de bonheur, non ? J’ai ressenti beaucoup de frustration de leur part pour ma mariage alors qu’elles auraient du être heureuse… Mais bon, c’est comme cela. Les gens deviennent bêtes parfois et n’arrivent pas à passer outre leurs propres problèmes. Tu es intéressant pour eux justement si tu as des problèmes. Je te comprends aussi sur les épreuves à traverser. Dans les difficultés, je ne me confie qu’à mon mari maintenant :)

    • Urbanie
      août 16, 2015

      C’est sur que c’est compliqué… disons qu’il y’a un juste milieu entre: on peut (doit?) être la pour son amie qui souffre (un divorce n’est jamais facile); mais pour autant, souffrir ne donne pas le droit de se défouler ou de gâcher le bonheur des autres, et je ne pense pas que « être là » équivaut à tout accepter. Si le respect se perd, c’est qu’il y’a un sérieux problème (et ça va dans les deux sens, hein!). Sinon c’est que, en effet, ce n’est pas vraiment de l’amitié (l’amitié, ce n’est pas attendre que l’autre soit malheureux, sinon c’est qu’il y’a un souci comme on dit). Courage en tout cas, j’ai bien connu ça aussi, et c’est pas évident à gérer en effet.

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