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Eloge de la gentillesse (ou: comment j’ai appris à envoyer bouler les gens qui me reprochaient d’être sympa)

4 janvier 2018

Je ne sais pas si on vous a déjà fait le coup, mais cela fait désormais 34 ans que je dois en permanence me quasi-justifier sur ma « gentillesse ». Cela sonne toujours délicieusement naif et presque un peu creux, de se définir comme « gentil(le) », et très souvent les gens associent cela à une façon nuancée et polie de parler de quelqu’un d’un peu concon.

Dire « Il/ elle est gentil » avec le ton adapté, on est d’accord: cela signifie que tu parles de quelqu’un qui ne saurait pas forcément résoudre une équation à deux inconnues. (Notez que je suis une quiche en maths et que je ne saurais pas nécessairement m’y prendre non plus, mais on s’égare du sujet) (vous me croyez si je vous dis que j’ai déjà des sueurs froides à l’idée d’aider Kate à faire ses maths quand elle entrera en primaire?) (#traumatisée).

J’en ai entendu, des « trop bonne, trop conne », des « ça cache quelque chose », des « mais pourquoi tu prends des gants? », des « arrête de t’excuser tout le temps ». J’ai essuyé pas mal de méfiance aussi, de la part de personnes qui étaient per-sua-dées que si j’étais gentille et sympa, c’est que j’essayais d’obtenir quelque chose. On m’a ainsi accusée ouvertement d’être manipulatrice, et je crois bien que le ponpom a été décroché le jour où une personne (somme toute bien intentionnée) m’a conseillé de lire un bouquin qui s’appelait, de mémoire, « Arrêtez d’être gentil, soyez vrai ».

 

Misère.

 

Il existe des personnes qui pensent qu’être désintéressée n’est pas possible, qui pensent que savoir s’excuser (quand on a fait ou dit une connerie) revient à se soumettre, ou qui interprètent la diplomatie comme une forme de soumission.

Alors oui, je sais: ces personnes raisonnent ainsi parce qu’elles ont un filtre qui les empêchent de voir les actions de certains pour ce qu’elles sont bêtement. Ce sont sans doute des personnes à qui l’on a appris très tôt que la gentillesse, ça n’existait pas (variante: c’est pour les faibles), et qui ne savent plus raisonner autrement.

 

N’empêche: pendant une longue période, j’étais abonnée aux passifs-agressifs et aigris en tout genre. Vous me mettiez dans une pièce avec un mec ou une nana un peu trop mal dans ses baskets, et elle venait aussitôt me chercher des poux. A croire que ma façon d’être l’agressait (et je pense, sincèrement, que c’était un peu le cas: que ma gentillesse était perçue comme une agression par ces personnes).

En même temps, quand vous voyez qu’il existe des bouquins qui portent comme titre « arrêtez d’être gentil, soyez vrai », quel message pensez-vous que cela envoie au reste du monde, hein?

Ben ouais: que la gentillesse, c’est LOUCHE.

 

J’en ai longuement parlé déjà, donc je ne reviendrai pas 107 ans dessus, mais le déclic pour moi: ça a été le mariage. On m’a TELLEMENT emmerdée pendant les préparatifs qu’il est arrivé un moment où j’ai dit « stop ». Parce que la nana gentille qui se mariait, et qui allait donc avoir l’outrecuidance d’avoir sa journée à elle, c’en était visiblement trop pour certains. Qui se sont donc vu retirer leur carton d’invitation et leur accès à mes profils sur les réseaux sociaux assez rapidement, rapport au fait que j’en avais ma claque (gentille, mais faut pas déconner non plus).

 

Le boulot? N’en parlons pas. S’il existe un endroit sur terre où l’agressivité est perçue comme incroyablement positive, je crois que c’est bien dans un open space. Mes débuts ont donc été un peu compliqués, vu que je suis tombée dans la même équipe qu’un type hyper énervé par mes diplômes et ma bonne humeur (quand je vous le disais, que je me coltinais tous les aigris à la ronde).

 

Si vous voulez tout savoir, les choses ont commencé à aller mieux pour moi le jour où j’ai vraiment accepté d’être moi-même. Parce que le problème, c’est qu’à force de me coltiner des aigris et des rageux un peu partout où j’allais (y compris dans ma salle de réception), j’avais le sentiment que c’était de ma faute si ces personnes étaient en colère contre moi. Remises en question, tentatives d’adoucir les angles, le tout perçues comme des signes de faiblesse et de soumission qui n’avaient d’autre effet de que démultiplier la colère de la personne en face de moi.

Et puis c’est le jour où j’ai arrêté de m’excuser d’être sympa, et pire, que j’ai commencé à ouvertement l’assumer, que les rageux ont commencé à me fiche la paix.

« Ouais, je suis gentille. So what? ».

« Non, je ne rentrerai pas dans le lard d’untel en réunion. Ce n’est pas mon style, et si ça ne t’embête pas je vais essayer de résoudre le conflit différemment ».

Parce que je crois que ce qui avait fini par me causer du tort, c’était de trop prêter l’oreille à ce que les gens pensaient de mon caractère et de mon comportement. A force d’être perçue comme faible par certains, y compris par des amis, j’avais fini par me persuader que je l’étais presque. Cercle vicieux qui renforçait leur perception de moi.

 

Donc plutôt que de me remettre en question, j’ai bêtement accepté d’être qui je suis depuis toujours. Oui je continuerai de m’excuser si je me rends compte que j’ai fait ou dit une connerie (et non, ce ne sera pas par faiblesse). Oui, je continuerai de filer un coup de main aux gens qui en ont besoin autour de moi, sans attendre quoi que ce soit en retour. Et oui, je continuerai à avoir cet espèce de vernis un peu bienheureux qui me fait régulièrement sourire quand quelque chose de chouette arrive autour de moi.

 

Et ouais, j’ai fait exprès de mettre une image tartignolle pour illustrer l’article. Les rageux rageront. 😉

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11 Comments

  • Reply Delphine 4 janvier 2018 at 14 h 06 min

    Le coup du livre on me l’a fait aussi (moi c’était Savoir dire NON ou un truc dans le même genre)… Je confirme, on peut être gentille et serviable sans que ce soit un problème.
    En tout cas, bravo de rester telle quelle et de l’accepter !

    • Reply Urbanie 5 janvier 2018 at 1 h 31 min

      Oui, on peut aussi savoir dire oui sans être dans un rapport de soumission… je comprends la démarche (on peut aussi se forcer à être « trop gentil » par peur d’être rejeté) mais je trouve ça tellement dommage de cantonner tout le monde à la même enseigne.

  • Reply Nathalie 4 janvier 2018 at 15 h 43 min

    Plein de bienveillance pour toi <3

    Je suis dans une phase un peu difficile pour ma part, celle justement où je dis non. Je sais que ça va s'arranger, avec un peu de temps, et ça me fait du bien de lire ton article 🙂

    • Reply Urbanie 5 janvier 2018 at 1 h 32 min

      Ah oui, cette phase n’est pas évidente parce qu’elle peut déstabiliser l’entourage… mais on y gagne en sincérité du coup. Plein de courage à toi!

  • Reply Nolwenn 4 janvier 2018 at 15 h 51 min

    Tu as bien raison d’accepter qui tu es, sans autre forme d’explication ! Je me retrouve dans ce que tu dis. Une belle découverte, cet article 🙂

    • Reply Urbanie 5 janvier 2018 at 1 h 32 min

      Merci! 🙂

  • Reply Maman Sur Le Fil 5 janvier 2018 at 9 h 47 min

    Tu as bien raison… Apprenons à être ce que nous sommes, assumons et laissons dire les autres… On regarde devant, pas autour, pas derrière. Devant, c’est là que se trouvent les personnes qui en valent la peine.

    Virginie

  • Reply Camomille 5 janvier 2018 at 10 h 42 min

    Il en faudrait plus des comme toi, c’est tout 😉

  • Reply Béa 5 janvier 2018 at 13 h 51 min

    Hello,

    J’ai adoré lire ton article qui me parle tant.
    J’ai l’impression que tu me décris, et tu décris très justement la façon dont notre entourage nous perçoit souvent faussement.
    J’ai mis quelques années à assumer cette partie de moi!!
    Bravo à toi de rester qui tu es et au diable les aigris!!
    Douce journée et belle année.

  • Reply Lunaly 5 janvier 2018 at 17 h 26 min

    Malheureusement il y aura toujours des rageurs pour se permettre de critiquer. Moi aussi je suis dans la case « gentille » et je me retrouve pas mal dans ce que tu décris dans ton article. Je part du concept qu’il faut outre passer sur ce que les autres pensent et être tel qu’on est. Le coup du livre je trouve ça vraiment abusé de la part de la personne qui te l’a recommander. Avec ce genre de remarques à deux balles, ça ne m’étonne pas que certaines personnes gentilles finissent par devenir méchantes et agressives (j’avais une prof de français qui était une crème mais qui a force d’avoir des critiques est devenue méchante envers les élèves). Reste comme tu es.

  • Reply Sand Mayer 7 janvier 2018 at 20 h 34 min

    Ah ah ! alors de mon côté on ne m’a pas fait le coup du livre mais le coup du  » vas voir un psy, c’est pas normal  » .. hummm

    Bref moi aussi depuis l’année dernière j’assume pleinement celle que je suis et j’envoie balader quand les remarques me paraissent déplacées. Quand c’est stop c’est stop !

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