Je raconte ma vie

Confinés

20 mars 2020

Confinement, jour 1 (lundi)

Ce premier jour est à peine entamé que je vois déjà apparaitre sur Instagram des publications de mamans influenceuses armées jusqu’aux dents de programmes chronométrés minute par minute pour occuper les enfants. Le message est clair: le véritable ennemi, ici, ce n’est pas le Coronavirus, mais les écrans, à tenir coute que coute hors de portée de la prunelle de leurs yeux. Au programme donc, des activités en veux-tu, en voilà, saupoudrées de batch-cooking à foison (s’agirait d’écouler les 15 mottes de beurre arrachées de haute main à la petite vieille du rayon yaourt chez Fauchan). Confinées, oui, mais avec du healthy, du home-made, du no-gluten à tous les repas, please.

Alors que je déglutis à grand peine en scrollant mon compte insta, je me tourne vers Kate, 4 ans et des poussières, en train d’entamer son 3ème épisode de Pat Patrouille de la journée en mâchouillant mollement sa tartine de Nutella hydropalmée.

Le confinement a à peine commencé que je me sens déjà une mauvaise mère. Ca promet.

 

Confinement, jour 2 (mardi)

On a beau être officiellement interdits de sortie, je vois le marché en bas de chez moi déployer ses étals comme si de rien n’était, et les badauds d’affluer, comme à leur habitude. Légère sensation d’irréalité totale, entre messages d’urgences assénés tous les soirs au 20h par des responsables politiques de plus en plus attérés, et une population totalement désinvolte qui semble ne se préoccuper de rien.

La veille nous a permis d’ajuster quelque peu nos violons avec Jean-Mi, et de piger une bonne fois pour toute une chose: le télétravail et les enfants, ce n’est pas complètement compatible.

Mal préparés, nous avons, dans un grand moment d’optimisme délirant et totalement déraisonnable, eu le malheur de répondre tous les deux en même temps au téléphone. Bilan: un nouveau graffiti sur le mur et une petite fille au visage entièrement repeint au stylo bic.

Une seule solution: alterner. Quand l’un bosse, l’autre se déconnecte, et ce de 8h à 19h.

Et longue vie à la Pat Patrouille.

 

Confinement, jour 3 (mercredi)

Chaque jour, mes amies m’envoient en rigolant des photos de leurs apéros (qui démarrent chaque jour un peu plus tôt – je ne sais pas si avoir des enfants rend plus heureux, mais être confinées avec eux rend manifestement plus alcoolique, c’est certain). De mon côté, je pleure de frustration, la grossesse m’ayant enlevé les derniers anxiolytiques légaux à portée de main. Me voici à fantasmer devant un verre de vin blanc, un plateau de sushis et une tartine de roquefort, en avalant indigestement mes 5 fruits et légumes pasteurisés par jour.

Ne me reste plus qu’à dormir. Beaucoup.

Grand moment de solitude sinon aujourd’hui pour Jean-Mi. Lors d’une réunion en visio, Kate s’est mise à hurler dans l’appartement un splendide et retentissant « PAPAAAA J’AI FAIT CACAAAAAAAA ». S’exécutant prestement, mon cher mari a donc couru aux toilettes faire ce qui devait l’être. Las: tandis qu’il se lavait les mains, Kate, libérée déliverée de toute entrave, s’est jetée sur l’ordinateur de son géniteur adoré pour faire coucou aux gens qui apparaissaient sur l’écran. Le tout en culotte et avec l’appart en bordel en arrière plan. Rien de tel que des enfants en bas âge pour te ruiner ta crédibilité chèrement acquise au bureau.

C’est un des effets positifs de ce confinement: force est d’avouer qu’on est quelque peu obligés de moins se prendre au sérieux. Cadres sup ou pas, nos gamins font tous les mêmes conneries. Et quelque part, c’est assez rassurant.

Ça va se marrer au bureau à la reprise, tiens.

Le soir, à 20h tapantes, j’entends mes voisins applaudir à tout rompre à leurs fenêtres les soignants qui se battent sans relâche pour tenter de guérir les malades – et je sais pas si ce sont les hormones, la fatigue d’être enfermée depuis 3 jours déjà, le stress ou des effets secondaires un peu chelous de mon Gaviscon adoré, mais je sens comme une boule se former dans ma gorge (C’EST PAS MOI QUI PLEURE, C’EST TOI OK?). Quelle drôle d’ambiance, quand on y pense.

 

Confinement, jour 4 (jeudi)

Une belle nouvelle pour commencer cette journée: George R.R Martin, le papa de Daenerys et de Jon-You-Know-Nothing-Snow, vient d’annoncer se pencher sur l’avant dernier tome de la saga. ENFIN.

Il a du claquer toutes ses actions HBO en PQ, je ne vois que ça.

 

Le secrétariat de ma gynécologue m’appelle pour me prévenir: cette dernière étant en quarantaine, ma prochaine consultation se déroulera par visio-conférence. Quelque peu circonspecte devant la méthode, je ne moufte pas, pourvu qu’on me maintienne mon suivi de grossesse – hors de question cependant de me tâter quoi que ce soit devant une caméra, question de dignité.

Il en va de même pour l’échographie de contrôle prévue la semaine prochaine: si elle aura bien lieu en présentiel, elle, je devrai venir seule. Quand on a vécu le deuil périnatal, vivre une nouvelle grossesse en pleine pandémie n’est que moyennement rassurant, je ne vais pas vous mentir. J’ai l’habitude de me faire des scenarios catastrophes, mais j’avoue que le coup du pangolin qui refile ses miasmes à un chinois qui passait par la, je ne l’avais pas vraiment vu venir. Les fabricants de gel hydroalcoolique non plus, ceci dit. Je m’accroche surtout aux quelques rares études qui circulent sur le sujet (via des sources fiables – les sites du style onnousment.com étant rarement de bon conseil), et qui se veulent donc rassurantes pour les femmes enceintes. Rassurant. C’est ce que je me répète comme un mantra.

 

 

Confinement, jour 5 (vendredi)

Dans mon immeuble, nous parvenons parfois à descendre quelques minutes dans le grand hall avec notre fille, histoire de la laisser se défouler à coup de trottinette, sous le regard noir des petits vieux. Ah oui, une chose à savoir: je vis dans un immeuble dans lequel les enfants sont persona non grata. Que nos voisins insomniaques et sourds comme des pots fassent hurler leur télé à 3h du mat, ça ne pose de souci à personne, par contre lâchez-leur un gamin de moins de 9 ans dans le hall et OUHLALALALA. Troisième guerre mondiale, regards de travers pendant des semaines, et mots assassins postés dans la loge du gardien. Je n’exagère même pas. Mais serait-ce l’effet du confinement, ou des couchers que je pressens de plus en plus rock’n roll pour l’intégralité des parents de la résidence, mais je sens comme un vent de rébellion planer par chez nous. A ce rythme, pas sure que le coronavirus reste la principale menace des octogénaires qui nous servent de voisins.

 

Voici pour ces premiers jours de confinement, j’espère pouvoir vous tenir au courant de la suite – qui ne manquera pas, j’en suis sure, d’apporter son lot de surprises…

 

Prenez soin de vous <3

 

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7 Comments

  • Reply Madame Lavande 20 mars 2020 at 11 h 49 min

    Oh punaise le coup du « j’ai fait cacaaaaa », j’ai tellement ri ! La Biscotte était encore il y a peu une spécialiste, surtout au resto ^^
    Et je n’en reviens pas des petits vieux acariâtres, il va falloir qu’ils s’habituent, les enfants vont de toute façon devoir se défouler sous peine de voir le nombre d’infanticides monter en flèche… Je vous souhaite bon courage à tous les 3 1/2, j’imagine sans mal que ça ne doit pas être si simple de gérer la grossesse en plus du reste <3 (et tu as raison, j'ai aussi lu plusieurs fois qu'à priori il n'y avait que peu de risque pour les femmes enceintes 😉 )

  • Reply Virg 20 mars 2020 at 14 h 39 min

    Non mais du coup…. heu….. j’hésite… je ne le dis pas parce que je suis supersticieuse …. j’attendrai la suite sur DMT en mode croise les doigts et les doigts de pied <3

    Pour ce qui est du confinement télétravail + enfant en bas âge, c'est juste une vaste plaisanterie. Je mesure notre chance chaque jour d'avoir un jardin et un village proche des bois, ma fille peut se défouler à l'extérieur 1h par jour au moins.
    Moi qui retardais au max le moment de lui accorder la tv (on aura tenu jusqu'à 3 ans) on n'hésite plus à balancer les vieux classiques disney à notre chère progéniture, c'est soit ça soit le PC qui passe par la fenêtre. On a dû choisir entre alimenter le frigo et abrutir notre fille….

  • Reply Sandrine 20 mars 2020 at 15 h 58 min

    Bon courage!!! Pour avoir un fils de 3 ans et demi j’imagine l’enfer que ça doit être de rester confiner dans un appartement. Nous vivons à la campagne avec jardin et aire de jeu … mais nous sommes pharmacien et médecin hospitalier avec mon mari donc on bosse … j’ai passé les 3 premiers jours de la semaine à trouver une solution de garde pour mon fils, mes parents et sa nounou actuelle pour le périscolaire rentre dans la catégorie des gens à risque, l’école 0 soutien de l’éducation nationale pour ouvrir, elle n’accueille les enfants de 9h à 12h LOL!!!! c’est notre hôpital qui nous a trouvé une solution… nos directions avaient autre chose à faire cette semaine que de palier aux insuffisances de l’éducation nationale dont les promesses se sont limitées au beau discours de Mr le Président!!! (je précise avant qu’on me tombe dessus que je n’ai aucune rancune vis à vis du corps enseignant ni des directeurs mais bien sûr ceux qui les gouverne) bon courage à tous et svp RESTEZ CHEZ VOUS!!!

  • Reply Lulu 21 mars 2020 at 15 h 13 min

    Merci pour ce journal de bord plein d’humour et très déculpabilisant !
    Je te lis régulièrement et je suis ravie d’apprendre cette grossesse ! Bien sûr que le contexte est particulier alors je te souhaite le meilleur et le plus possible de sérénité.

  • Reply Weena 21 mars 2020 at 23 h 21 min

    Merci pour ce moment de rire ce soir.
    Si ça peut te rassurer, dès l’annonce du confinement, j’avais bien prévu de passer de 1 à 2h de dessins animés par jour … pour l’instant, on a réussi à faire moins (jusqu’à vendredi là ce fut 2h30) … maintenant, je dois réfréner mes merveilleux enfants qui veulent que je leur imprime de nouvelles fiches de travail toutes les 5 minutes (temps pour le télétravail, zéro, heureusement que c’est calme) … et leur expliquer que le week-end, maman ne donne pas de travail, maman voudrait souffler …

  • Reply Charivari 22 mars 2020 at 8 h 34 min

    Félicitations pour cette grossesse! J’imagine l’angoisse de devoir se rendre aux rendez-vous de suivis seule… Et je compatis, vraiment (car, en effet, je confirme que le confinement rend définitivement alcoolique!). Courage! (Mon mari a dû gérer des visioconférence seul avec nos deux enfants de 2 ans et 7 mois (avec un changement de couche au milieu), il est mon nouveau héros!)

  • Reply petitsruisseauxgrandesrivieres 24 mars 2020 at 9 h 39 min

    Te voilà au moins sauvée de l’alcoolisme ! c’est déjà bien.
    Chez moi les sessions « Maman cacaaaaaa » sont pluri-quotidiennes (papa bosse).
    Les séances d’école à la maison très brèves, et les séances de télé très longues. Il faut savoir renoncer à ses principes par temps de confinement 😉

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